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5 leçons du livre “Ouvrir une voie” d’Emmanuel Faber

Dans son dernier ouvrage, Emmanuel Faber évoque son engagement environnemental et social. Quelles leçons doit-on retenir de l’ex-dirigeant de Danone ?
Green Actu’
2023-08-17T00:00:00.000Z
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Livre avec les pages ouvertes

Ex-patron écoresponsable de Danone, figure parfois controversée du monde des grandes entreprises, dirigeant considéré comme étant le plus social du CAC 40 : Emmanuel Faber a su conjuguer ses convictions avec son poste haut placé au sein de l’un des premiers groupes alimentaires mondiaux.

Après « Main basse sur la cité » (1992) et « Chemins de traverse : vivre l’économie autrement » (2011), Emmanuel Faber est l’auteur de « Ouvrir une voie » (2022) où il évoque sa position de patron engagé dans un monde qui peine à accepter l’urgence climatique.

Sa volonté de réconcilier le social, l’environnement et l’économique dans une multinationale cotée en Bourse a provoqué une prise de conscience majeure dans le monde des grandes entreprises. 

Comment une entreprise peut-elle amorcer sa transition écologique sans être perdante ? Que devons-nous faire pour bâtir un monde plus durable ? Cet article développe les 5 grandes leçons partagées par Emmanuel Faber.

Le modèle économique actuel renforce les inégalités

1 %  de la population mondiale détient plus de la moitié de l’humanité, laquelle détient 1 % des richesses mondiales.

Il ne fait aucun doute que le modèle économique actuel est source d’inégalités. Notre rapport aux besoins et plus spécifiquement, notre relation à l’argent ne sont pas compatibles avec les enjeux écologiques et sociaux actuels - d’autant que la transition climatique et sociale met la finance sous pression. 

Effectuer la transition écologique des entreprises implique la révision du système de l’économie de marché. À défaut de prôner la propriété privée et la liberté des échanges, il s’agirait de considérer la finance comme étant un bien commun.

Face à cette réalité, Emmanuel Faber n’a pas hésité à remettre en cause sa position privilégiée au sein d’une grande entreprise cotée. Prenant conscience que la rémunération des dirigeants de très grandes entreprises est totalement déconnectée des enjeux sociaux de l’économie et de l’environnement, il n’a pas hésité à s’opposer à la loi du marché en réduisant le montant de sa rétribution de dirigeant (estimé à 4 millions d’euros par an) et en refusant sa retraite chapeau d’un montant de 28 millions d’euros - une grande première.

Ce faisant, il souhaitait :

Remettre cet argent là où il aurait dû être, car inventer les modèles économiques de demain, c’est ma priorité.

Selon lui, cet excédent devait être alloué à la transition écologique de son entreprise, aux employés, aux éleveurs ou aux missions d’intérêt général et non au patron étant déjà la personne la mieux payée de l’entreprise. 

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youtube screenshot

Les CEO jouent un rôle majeur dans la transition climatique

Les institutions ne se changent pas elles-mêmes, ce sont les personnes qui les transforment.

Inscrire son entreprise dans une démarche écoresponsable nécessite la contribution de l'ensemble des acteurs impliqués de près ou de loin dans le fonctionnement de la structure. Cependant - malgré l’aspect collectif de la transition écologique -, le CEO joue un rôle central dans l’engagement de l’entreprise (par le financement de la transition ou par la mise en place d’initiatives sociales et écologiques) et dans la prise de conscience de ses collaborateurs.

Le dirigeant doit montrer l’exemple et faire preuve d’un excellent leadership, c’est-à-dire générer l’action collective par l’éveil de la conscience. Cela passe par diverses propositions d’engagement vis-à-vis de cette démarche commune (la mise en œuvre d’une démarche RSE, par exemple) et non en se positionnant comme un donneur de leçons.

Ce comportement permet : 

  • d’initier les collaborateurs aux écogestes, à l’importance de la transition écologique de l’entreprise, à l’urgence climatique et contribuer à leur prise de conscience environnementale ;
  • entamer la transition écologique de l’entreprise et ouvrir la voie à d’autres structures en vue de bâtir un monde plus durable.

Emmanuel Faber a illustré ses engagements environnementaux et sociaux par des actions concrètes. Il a posé ses propres limites en terme de confort, d’argent et de plaisir en prenant trois décisions :  

  • stopper la course vers « le toujours plus » en préférant une petite voiture d’un modèle plus ancien au détriment d’un véhicule de fonction haut de gamme ; 
  • déménager dans un logement ayant une plus petite surface et placer sa maison située à Ville-d’Avray dans une structure d’intérêt général - aujourd’hui occupée par une association accueillant les plus démunis ;
  • réduire ses déplacements et emprunter des modes de transport plus responsables.

La protection du vivant doit devenir une priorité

Au-delà de renforcer les inégalités, le modèle économique actuel impacte durement les ressources naturelles et la biodiversité. Pour illustrer ce propos, Emmanuel Faber cite Edward O. Wilson, entomologiste : 

Nous traversons trois crises : celle du climat, celle de l’eau et celle du vivant. Seule la dernière est irréversible.

Faber est catégorique : nous avons été éduqués à ignorer, voire à mépriser le vivant. Pour notre propre survie, nous avons domestiqué certaines espèces animales et cultivé certaines espèces végétales. Dès lors, nous attribuons un rôle à certaines espèces (notamment par l’élevage) en les traitant comme de simples objets ou ressources et non comme des semblables - qu’ils soient des alliés ou des adversaires. 

Or, le fait de produire à l’infini avec des ressources limitées ne permet pas de bâtir un monde viable, contrairement à une économie circulaire fondée sur le modèle de la nature - moins extractive, moins prédatrice et plus régénératrice. 

Dans les faits, l’humain standardise et massifie l’utilisation des variétés répondant à nos besoins menant tout droit vers l’appauvrissement du vivant et présentant un risque systémique majeur - à court comme à long terme.

Ce mode de pensée, ainsi que la place que nous offrons au vivant dans nos modes de vie et dans notre économie doivent urgemment évoluer. Nous devons reconnaître l’existence des espèces et les définir en tant que « biens communs ». 

À ce titre, l'agriculture doit faire alliance avec le vivant, d'autant qu’elle est la première victime du dérèglement climatique. Plusieurs initiatives peuvent être mises en place :

  • développer l’agriculture régénératrice - en remplacement de l’agriculture intensive ;
  • diminuer l'utilisation d’OGM ;
  • restaurer la santé des sols ;
  • réintroduire de nouvelles semences ;
  • restaurer le vivant et la nature victime de notre mode de vie en utilisant la technologie, l’intelligence artificielle et la science.
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La prise en compte de l’environnement constitue un avantage concurrentiel

La prise en compte des enjeux environnementaux constitue une nécessité pour lutter contre le réchauffement climatique et s’avère être un véritable avantage concurrentiel

Une entreprise qui s’engage dans une cause et qui cherche à comprendre la place qu’elle occupe dans le monde améliore ses performances globales. Pour preuve, en 2020, Danone est devenue la première entreprise à mission cotée en France et a profité d’excellents résultats : 

  • six mois après sa nomination, l’entreprise a gagné 18 places dans le Top 50 des entreprises préférées des étudiants français ;
  • douze mois après, elle s’est hissée en première place du classement et est devenue l'employeur de référence pour les 5 500 étudiants et jeunes diplômés d’écoles d’ingénieurs, de commerce et d’universités interrogés dans l’étude menée par l’institut Harris.

S’engager pour l’environnement permet non seulement de répondre aux attentes des consommateurs souhaitant adopter un comportement plus durable, mais aussi : 

  • d’augmenter les bénéfices ;
  • de réduire les coûts tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES) et en minimisant la quantité de ressources naturelles nécessaires ;
  • de maîtriser les risques ;
  • d’être en conformité avec les réglementations environnementales - voire de les anticiper ;
  • de construire une véritable culture d’entreprise.

En définitive, la prise en compte de l’environnement au sein du fonctionnement d’une entreprise se trouve à l’origine de bénéfices économiques. Un constat qui doit permettre d’accélérer la lutte contre le réchauffement climatique.

La réduction des émissions de GES est un travail collectif de longue haleine

Le meilleur moyen de limiter le réchauffement climatique consiste à réduire nos émissions de gaz à effet de serre en nous adaptant. Cependant, ne voyant pas immédiatement les résultats, certaines entreprises abandonnent leurs efforts. Or, mener la transition écologique de son entreprise est un engagement sur le long terme.

Dans son ouvrage, Emmanuel Faber partage en toute transparence sa démarche de réduction des émissions de carbone de Danone. C’est dès 2009 que les salariés, les pays où est implantée l’entreprise, les informaticiens, des fournisseurs et les financiers ont été mis à contribution pour réduire l’impact carbone de la marque. 

Le travail a débuté par un bilan carbone de l’activité permettant de cibler les postes les plus polluants et les actions à conduire. Danone étant un grand groupe alimentaire, il apparaissait peu surprenant que les pratiques agricoles représentent les trois quarts des émissions. 

Dès lors, la structure a mis en place des bonnes pratiques (réduction du plastique, pratiques agricoles plus durables, etc.) et encouragé l’innovation. Dix ans après leur mise en œuvre - soit en 2019 - les premiers résultats ont été constatés : Danone a atteint le pic de ses émissions. 

La réduction des émissions ne s’effectue pas en un claquement de doigt. Il s’agit d’un travail d’envergure - tout un chacun est sollicité dans cette transition - et de longue haleine.

À terme, une pensée écosystémique et une action collective pourront réellement accélérer la transition écologique à l’échelle nationale puis mondiale.
Un homme souriant
Icône avec flèches "Time to change"

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