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Élimination des polluants éternels : mythe ou réalité ?

Particulièrement résistants, les polluants éternels sont à l’origine de risques sanitaires et environnementaux. Peut-on éliminer ces substances nocives de notre quotidien ?
Green Actu’
2023-12-01T00:00:00.000Z
fr-fr
produit d'entretien

Les polluants éternels constituent l’un des composants clés des produits de grande consommation. Quotidiennement employés, ils représentent pourtant une menace sanitaire et environnementale.

Quels sont les polluants éternels ? Quels sont les impacts de ces substances sur la santé humaine et l’environnement ? Est-il possible de les éliminer définitivement ? Explications.

Polluants éternels (PFAS) : de quoi parle-t-on ?

Polluants éternels, définition 

On appelle polluants éternels (dits PFAS pour les substances per- et polyfluoroalkylées), des substances chimiques qui persistent dans l’environnement, du fait de leur résistance et de leur mobilité. Elles sont utilisées depuis les années 1950 dans l’industrie et les produits de grande consommation pour leurs propriétés antiadhésives, résistantes aux fortes chaleurs et imperméables.

👉 Pour faire simple, plus une substance chimique est composée de carbone, plus elle persiste dans l’environnement.

La famille des polluants éternels est divisée en sous-famille, dont celle des PFOA (acide perfluorooctanoïque) et celle des PFOS (sulfonate de perfluorooctane). Au total, on dénombre plus de 4 000 composés chimiques distincts.

L’agence américaine de protection de l’environnement a recensé pas moins de 12 000 polluants éternels.

Exemples de produits contenant des PFAS

Les polluants éternels sont majoritairement d’origine anthropique - c’est-à-dire qu’ils sont produits par les activités humaines, que ce soit par la combustion de combustibles fossiles ou par le rejet de produits chimiques.

Pour leurs propriétés ultra-résistantes, les polluants éternels sont utilisés dans la conception de produits de grande consommation, à l’image des : 

  • revêtements antiadhésifs ;
  • emballages alimentaires ;
  • vêtements imperméables ;
  • poêles antiadhésives ;
  • cosmétiques ;
  • produits de nettoyage ;
  • peintures et vernis ;
  • mousses à incendie ;
  • pesticides.

Outre les produits cités ci-dessus, il convient de noter que les PFAS sont utilisés dans certains procédés industriels - à l’image de la métallurgie et la fabrication de composants électroniques.

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Quels sont les effets des polluants éternels ?

Sur l’environnement

Comme leur nom l’indique, les polluants éternels sont… éternels. 

Les PFAS se retrouvent dans l’environnement de plusieurs manières. Via : 

  • les rejets industriels ;
  • les déchets ;
  • l’incinération des déchets ;
  • l’usage et l’élimination de produits de consommation contenant des polluants éternels.

👉 En effet, les polluants éternels résistent aux traitements classiques des stations d’épuration. Leur résistance à la dégradation naturelle est telle que certains qualifient leur usage comme étant la pire catastrophe environnementale actuelle.

Les polluants éternels peuvent rester jusqu’à des milliers d’années dans l’environnement, donnant lieu à des défis environnementaux majeurs, à l’image de : 

  • la contamination de tous les milieux (des sols, de l’eau, de l’air, voire des sédiments) ;
  • la contamination des organismes vivants (faune, la flore et l’ensemble des écosystèmes) pouvant causer un appauvrissement de la biodiversité ;
  • la contamination de l’eau potable - à titre indicatif, la Seine, l’Oise, l’Orge, l’Aisne et la Marne sont contaminés ;
  • la contribution à la pollution atmosphérique ;
  • l’altération de la chaîne alimentaire.

👉 À titre d’information : l’ONG américaine Environmental Working Group révèle que plus de 625 espèces animales à travers le monde - maritimes comme terrestres, sauvages comme domestiquées - sont contaminées aux PFAS.

Sur la santé humaine

Particulièrement mobiles et résistants, les polluants éternels se retrouvent dans l’eau que nous buvons, les aliments que nous consommons et l’air que nous respirons (via l’inhalation de poussières, l’ingestion d’aliments contaminés ou par contact). 

Louis Delon, membre du collectif Ozon L’eau Saine explique comment il est possible de repérer la présence de PFAS dans les denrées alimentaires : 

Les œufs, en dehors des poissons, c’est l’aliment qui est le plus contaminé par les PFAS. C’est celui qui a tendance à le plus les accumuler. C'est un bon marqueur de contamination alimentaire par les PFAS.

Via ces diverses sources de contaminations, les PFAS impactent directement notre santé, favorisant : 

  • le diabète ;
  • l’obésité ;
  • l’apparition de cancers (notamment des testicules, du sein et des reins) ;
  • l’infertilité ;
  • l’augmentation du taux de cholestérol ;
  • la réduction de l’efficacité des vaccins.

Willian Dichtel - chercheur en chimie pour l'université de Northwestern William - rappelle que :

Même une toute petite quantité de certains PFAS a des effets négatifs sur la santé.

👉 Pour preuve, publiée en 2019, une étude de Santé publique France révélait que tous les participants de l’étude (sur le millier interrogé) étaient contaminés par un ou plusieurs PFAS.

Existe-t-il des solutions viables pour éliminer les polluants éternels ?

Des méthodes d’élimination sont à l’étude

En vue de limiter la contamination des polluants éternels, les industries sont appelées à utiliser des molécules alternatives moins polluantes et à réduire l’utilisation de PFAS. 

Cependant, selon le rapport 2022 de l’IGEDD intitulé « Analyse des risques de présence de PFAS dans l’environnement », lorsque l’utilisation de certains PFAS est restreinte, les industries n’hésitent pas à employer d’autres molécules dont la « toxicité est méconnue ». La réduction des risques par rapport aux PFAS ne peut donc pas être prouvée.

Les chercheurs tentent alors de trouver des solutions durables d’élimination. À l’heure actuelle, les méthodes s’avèrent particulièrement lourdes, puisqu’elles nécessitent l’incinération à très haute température (plus de 900 °C) ou l’irradiation par ultrasons.

Grâce à la chimie, les méthodes de décontamination et de dépollution peuvent être simplifiées. Des chimistes œuvrant aux États-Unis et en Chine ont élaboré une méthode permettant de détruire les polluants éternels grâce à de faibles températures (allant de 80 à 120 degrés Celsius). Cela entraîne une réaction en chaîne provoquant l’effondrement de la molécule entière.

Cette découverte n’est qu’un début puisque ce procédé chimique fonctionne uniquement sur 10 polluants éternels (sur les 12 000 recensés).

👉 À titre d’information : ce sont les liaisons entre les atomes de carbone et de fluor qui offrent la résistance la plus forte connue en chimie organique. Or, il est possible d’agir sur le groupe d’atomes d’oxygène situé à l’une des extrémités de la molécule.

L’éradication définitive des polluants éternels : un projet de grande ampleur

À ce jour - et ce malgré les efforts des chercheurs -, l’IGEDD est catégorique : 

Il n’existe pas de solutions simples et fiables [pour détruire et éliminer définitivement les polluants éternels].

La solution ? Favoriser la réduction à la source. Pour y parvenir, il faudrait : 

  • améliorer les connaissances ;
  • adapter les dispositifs de surveillance afin d’identifier les sites émetteurs potentiels et les risques associés ;
  • définir des seuils toxicologiques de référence ;
  • faire évoluer les outils réglementaires et informer les acteurs sur les dangers des polluants éternels ;
  • réduire la production et l’utilisation des polluants éternels. 

👉 À titre d’information : selon la carte créée par Le Monde dans le cadre du Forever Pollution Project, il y aurait 20 producteurs de PFAS en Europe, plus de 17 000 sites contaminés et 232 utilisateurs de polluants éternels.

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Pourquoi la France est-elle en retard dans la lutte contre les polluants éternels ?

Des connaissances encore très limitées

Un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) en date de 2022 a déploré que la problématique des polluants éternels « reste un sujet méconnu ».

Toujours selon le rapport, le sujet préoccupe réellement la communauté scientifique et les pouvoirs publics :

Depuis une vingtaine d’années dans le monde et plus récemment en France.

Du fait de « l’émergence récente » des risques liés aux polluants éternels, les connaissances « restent limitées ». En effet, les risques sanitaires des PFAS sont connus depuis les années 1990 suite au scandale lié à la contamination des eaux de l’usine du groupe DuPont aux États-Unis.

Face à l’ampleur que prend ce sujet, des études françaises commencent à voir le jour. À titre d’exemple, des polluants éternels rejetés par les usines lyonnaises de « la vallée de la chimie » ont récemment été retrouvés en grande quantité dans l’eau, l’air et les sols. 

👉 Les inspecteurs de l’IGEDD ont fait le calcul : l’usine Arkema aurait rejeté 3,5 tonnes de PFAS par an.

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L’absence de réglementation stricte 

Toujours selon le rapport de l’IGEDD, la France ne surveille pas suffisamment - voire pas du tout - la présence des polluants éternels. À titre indicatif, seuls cinq PFAS sont surveillés en France alors que les eaux de surface représentent 40 % des ressources en eau potable.

Malgré les risques reconnus sur la santé humaine et l’environnement, les polluants éternels font l’objet d’une réglementation française très insuffisante. Pour preuve, la présence de PFAS dans les emballages alimentaires n’est pas encadrée. Il en est de même pour l’air, les sols et l’eau potable. 

En janvier 2023, la France a tenté de rattraper son retard en publiant son plan d’action ministériel sur les PFAS. Ce dernier présente six axes d’action : 

  • disposer de normes sur les rejets et les milieux pour guider l’action publique ;
  • porter au niveau européen une interdiction large pour supprimer les risques liés à l’utilisation ou la mise sur le marché des PFAS ;
  • améliorer la connaissance des rejets et de l’imprégnation des milieux, en particulier des milieux aquatiques, pour réduire l’exposition des populations ;
  • réduire les émissions des industriels émetteurs de façon significative ;
  • la transparence sur les informations disponibles ;
  • une intégration à moyen terme dans le plan micropolluants.

👉 Bon à savoir : au niveau mondial, c’est la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP) qui réglemente plusieurs composés issus de la famille des PFAS. Ainsi, le PFOS est interdit depuis 2009, le PFOA depuis 2020 et le PFHxS depuis 2022. Les substances concernées peuvent être telles quelles, sous forme de constituants d’articles ou incorporées dans des préparations au-dessus de certains seuils.

L’Europe donne pourtant l’exemple

L’Union européenne est beaucoup plus avancée sur la question. Le règlement européen REACH ambitionne de supprimer progressivement les substances chimiques les plus dangereuses. Elle propose en outre un plan d’action pour l’environnement « Vers une Europe sans produits chimiques toxiques ». L’objectif étant d’éliminer progressivement les PFAS d’ici 2030.

L’eau est également très surveillée. L’annexe I de la directive européenne EDCH du 16 décembre 2020 fixe les seuils à respecter pour les eaux potables : 

  • 0,50 μg/l pour l’ensemble des PFAS ;
  • 0,10 μg/l pour les 20 PFAS considérés comme préoccupants selon l’annexe III-B-3 de cette même directive.
À noter cependant que la directive européenne relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) a été transposée en France par l’ordonnance n° 2022-1611 du 22 décembre 2022.

À cela s’ajoute la directive européenne Substances prioritaires pour la politique de l’eau, qui définit une norme de qualité environnementale pour le PFOS (0,65 ng/l en moyenne annuelle). Enfin, des limites d’utilisation sont fixées pour les matériaux et objets en plastique destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires.

👉 Le 7 février 2023, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a publié une proposition de loi visant à restreindre plus de 10 000 produits de la famille des PFAS.

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