Qu'est-ce que la Net Zero Insurance Alliance (NZIA) ?


Par Anaïs Badillo, Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement


Créée mi-2021, la Net Zero Insurance Alliance (NZIA) est une coalition internationale regroupée au sein de l'Alliance de Glasgow (Glasgow Financial Alliance) afin d’encourager le secteur des assurances et de la finance à contribuer à l’objectif global de neutralité carbone. Cependant, très rapidement, cette coalition s'est décomposée. Cet article explore son apparition spectaculaire et son déclin tout aussi soudain, ainsi que les raisons de cette succession d'événements.
À l’origine, qu’est-ce que la Net Zero Insurance Alliance (NZIA) ?
Net Zero Insurance Alliance, définition et objectif
Créée en 2021 lors du sommet du G20 à Venise consacré au climat et placée sous l’égide de l’Organisation des Nations unies, la Net Zero Insurance Alliance (NZIA) est une coalition internationale d’assureurs désireux de contribuer à l’objectif global de neutralité carbone, c’est-à-dire un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre émises et celles absorbées.
Elle s’inscrit dans un groupe plus large appelé l’Alliance de Glasgow, ou Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ), qui regroupe plusieurs « alliances » sectorielles engagées dans cette même ambition de neutralité carbone.
En d'autres termes, le secteur de l'assurance, en tant que gestionnaire de risques, assureur et investisseur, occupe une position centrale dans la transition. Il ne se limite pas à indemniser les sinistres, il évalue et garantit des projets souvent risqués au regard du défi climatique (e.g. assurer la construction d’une nouvelle centrale à charbon).
Quel était initialement l’objectif de l’alliance européenne NZIA ?
L’engagement de la NZIA s’inscrit dans le cadre des Principes pour une assurance durable (PSI) déterminés par l’UNEP (United Nations Environment Programme). Lancés en 2012 lors de la Conférence des Nations unies sur le développement durable, les quatre principes suivants servent de cadre mondial au secteur de l’assurance :
- intégrer, dans les prises de décision, les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance pertinents pour les métiers de l’Assurance ;
- collaborer avec les clients et les partenaires pour les sensibiliser aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance, et les inciter à mieux maîtriser les risques en développant des solutions concrètes ;
- coopérer avec les gouvernements, les régulateurs et les autres parties prenantes pour promouvoir au sein de la société une action globale répondant aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance ;
- rendre compte de l’application des Principes et faire preuve de transparence en publiant régulièrement l’état d’avancement de leur mise en œuvre.
NB : Une assurance durable désigne une assurance qui identifie, évalue, gère et surveille les risques associés aux questions environnementales, sociales et de gouvernance. Cela permet de réduire les risques, développer des solutions innovantes et d’améliorer les performances de l’entreprise.
Ainsi, à terme, les membres de la NZIA se sont engagés à mieux prendre en compte les effets du changement climatique et les objectifs climatiques dans leur politique de couverture des risques – grâce à plusieurs leviers tels que :
- la définition de critères d’acceptabilité des industries les plus émettrices dans leurs portefeuilles clients afin d’entamer leur transition nette zéro ;
- le développement de standards nécessaires pour atteindre la neutralité carbone désirée en 2050 ;
- la création d’outils de mesure communs de l’empreinte carbone de leur portefeuille d’assurance ;
- l’élaboration d’une feuille de route avec des cibles tous les cinq ans pour respecter les objectifs climatiques mondiaux. En outre, les membres sont dans l’obligation de rendre compte chaque année de leurs progrès.
Quels sont les membres fondateurs de la coalition NZIA
Fondée par huit assureurs et réassureurs - AXA, Allianz, Aviva, Generali, Munich Re, SCOR, Swiss Re, et Zurich –, la Net Zero Insurance Alliance comptait 29 membres début 2023. À eux seuls, ces membres représentent 15 % du marché mondial de l’assurance (source : La Française Group).
Cette coalition était ouverte à tous les assureurs et réassureurs à l'échelle mondiale. La portée de l’initiative a également été étendue à d'autres intervenants du marché, tels que les courtiers ou les groupes d'assurances.
Quel est le rôle des assureurs dans la crise climatique ?
Le secteur de l’assurance constitue un véritable levier pour tendre vers une économie décarbonée. Mais ce secteur occupe une position paradoxale face à la crise climatique : à la fois victime directe de ses conséquences et contributeur indirect à son aggravation. Cette dualité en fait un acteur stratégique dont les choix peuvent soit accélérer, soit freiner la transition écologique.
D'un côté, les assureurs subissent de plein fouet l'impact financier des catastrophes naturelles. Selon France Assureurs, le coût des sinistres liés aux événements climatiques pourrait doubler :
De l'autre côté, paradoxalement, ces mêmes assureurs continuent souvent de faciliter l'émergence de projets très carbonés (e.g. des projets de constructions liés aux énergies fossiles).
Le rôle d’un courtier d’assurance reste souvent discret, ce qui lui permet d’éviter une responsabilité directe, comme l’a souligné Le Monde en 2022. Malgré ce scandale, Marsh & McLennan n’a toujours pas annoncé publiquement son retrait.
Les assureurs doivent donc transformer leurs pratiques sur deux fronts : refuser de couvrir les activités les plus polluantes tout en développant des produits incitatifs favorisant la prévention des risques climatiques, et réorienter massivement leurs investissements vers des projets décarbonés. En rejoignant cette alliance, l’idée était que les assureurs se positionnent comme des acteurs clés dans la lutte contre le changement climatique.
Pour en savoir plus sur les bonnes pratiques des acteurs de l'Assurance contre le réchauffement climatique, consultez notre guide.
La Net Zero Insurance Alliance porte-t-elle ses fruits ?
Des départs en cascade pour la NZIA…
Depuis mars 2023, plusieurs grands groupes d’assurance se sont retirés de la NZIA, principalement en raison de pressions politiques, juridiques et de préoccupations liées au droit de la concurrence, notamment aux États-Unis.
- mars 2023 – Munich Re : c’est le géant allemand de la réassurance a été le premier à se retirer de l'alliance, invoquant les « risques antitrust » liés à la coordination climatique entre concurrents ;
- début avril 2023, c’est la Zurich Insurance & Hannover Re Zurich, puis Hannover Re, qui annoncent leur départ à leur tour. Zurich évoque la volonté de se concentrer sur son accompagnement client, tandis que Hannover Re affirme rester engagé envers la neutralité carbone, sans donner de détail précis...
- en mai 2023 – SCOR (premier assureur français) & Swiss Re quittent la coalition, suivi de près par Swiss Re ;
- enfin, fin mai 2023 – AXA, membre fondateur de la NZIA & Allianz, annonce également leur départ, déclarant vouloir poursuivre « leur propre parcours » en matière de développement durable, en tant qu’assureur. Allianz prend la même décision.
La NZIA a été fragilisée par ces départs successifs, en particulier ceux des membres fondateurs. Si certains groupes évoquent des raisons juridiques (risques de pratiques anticoncurrentielles), d’autres parlent plutôt d’une volonté d’autonomie dans leur stratégie climat…
La NZIA indique de son côté que les groupes ayant quitté l’alliance ont une activité et une exposition importantes aux États-Unis.
Les États-Unis fortement opposés à l’alliance européenne…
En effet, une semaine avant ces multiples défections, une vingtaine de procureurs d’État républicains des États-Unis ont fait parvenir une lettre de critiques à la Net Zero Insurance Alliance.
Cette dernière met en exergue le risque juridique encouru par les membres présents aux États-Unis – donnant lieu à plusieurs années de procédures. En cause, des pratiques anticoncurrentielles importantes provoquées par :
- l’appartenance de certains assureurs à un groupe de sociétés aux objectifs communs ;
- le droit américain de la concurrence ;
- la pression du mouvement américain anti-ESG (normes environnementales, sociales et de gouvernance).
Pour éviter toute mauvaise communication et des répercussions juridiques, les assureurs œuvrant aux États-Unis ont préféré quitter l’alliance. Cette pression a donc conduit au retrait de plusieurs membres fondateurs et influents de l'alliance, tels que Munich Re, Zurich Insurance, AXA, Allianz, Swiss Re, SCOR, Hannover Re et Lloyd’s . Leur départ a fragilisé la NZIA, rendant sa mission difficilement tenable (source : Life Insurance International, 2024).
La Net-Zero Insurance Alliance : un projet à l’arrêt
La NZIA ait été officiellement dissoute en avril 2024, principalement en raison de pressions politiques et juridiques croissantes, notamment aux États-Unis. Pourtant, le débat sur le rôle des assureurs dans la transition climatique reste d’actualité…
En réponse à de nombreux départs de la part des assureurs et face aux critiques, le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a lancé le Forum for Insurance Transition to Net Zero (FIT) pour remplacer la NZIA. Ce nouveau forum adopte une approche plus souple, sans exigences strictes en matière de réduction annuelle des émissions, et se concentre sur l'élaboration de cadres pour mesurer les émissions et développer des plans de transition énergétique.
Il est donc certain qu'il ne viendra pas corriger les erreurs et les critiques précédemment reçues, en particulier :
- le manque d’ambition des lignes directrices du protocole comparé à celui des investisseurs institutionnels (NZAOA) et à celui des banques (NZBA) ;
- la non prise en compte des émissions indirectes d’une activité (le scope 3) considérées comme difficiles à quantifier. Une décision critiquée qui va à l’encontre d’un réel engagement de la part des assureurs, puisqu’il s’agit, très souvent, de la part la plus importante d’émissions d’une entreprise.
Quels étaient les engagements des membres de la Net Zero Insurance Alliance ?
Historiquement, la comptabilité carbone et les stratégies de décarbonation ont surtout concerné les portefeuilles d’investissement et de prêt, mais très peu les activités de souscription d’assurance. L’assurance a longtemps été perçue uniquement comme un outil de gestion des risques liés aux catastrophes, en lien avec l’adaptation au changement climatique, et non avec l’atténuation des émissions.
Pour y remédier, la NZIA travaillait à un protocole de définition d’objectifs alignés sur 1,5°C, avec publication de résultats chaque année.
Le 17 janvier 2023, lors du Forum économique mondial de Davos, les assureurs ont présenté le protocole permettant de décarboner la couverture des risques. La Net Zero Insurance Alliance liste cinq objectifs permettant d’atteindre la neutralité carbone en 2050 :
- deux concernent la réduction des émissions de CO2 des activités assurées (les assureurs devaient définir des objectifs intermédiaires tous les 5 ans pour leurs portefeuilles de souscription et ces objectifs devaient être compatibles avec un scénario de réchauffement limité à 1,5°C, en ligne avec les recommandations du GIEC et de la SBTi (Science Based Targets initiative) ;
- deux portent sur l’engagement – c’est-à-dire étant lié aux choix d’investissements des assureurs ou à leur rôle d’actionnaire de sociétés (le protocole encourageait les membres à mesurer les émissions de GES associées à leurs activités d’assurance, notamment dans les branches IARD (incendie, accident, risques divers) – et d’en suivre l’évolution ;
- enfin, l’ambition était d’utiliser la souscription comme levier d’influence, en modulant les conditions d’assurance selon les pratiques climatiques des clients et inclut le dialogue avec les assurés, l’exclusion progressive de certaines activités intensives en carbone, et le soutien aux projets bas-carbone.
Chaque membre de la NZIA devait choisir au moins un des quatre types d’objectifs proposés, selon ses spécificités : intensité des émissions, couverture des émissions, engagement client, ou transition sectorielle.
Comment les assureurs peuvent-ils contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone ?
En vue de réduire leur empreinte carbone, les assureurs et réassureurs doivent en priorité réaliser le Bilan Carbone® de leur activité pour l’ensemble des catégories d’émissions, aussi appelé scope 1, 2 et 3. L’objectif étant de cibler les postes les plus polluants et d’agir en conséquence.
- premièrement, les assureurs doivent aussi prendre en compte les « émissions assurées » – c’est-à-dire celles engendrées par les activités et les projets qu’elles soutiennent ;
Suite à cet état des lieux, les entreprises sont en mesure d’établir une stratégie de réduction des émissions :
- dans un premier temps, les assureurs doivent cesser immédiatement de couvrir les nouveaux projets d'extraction d'énergies fossiles et adopter un calendrier contraignant de désengagement progressif des actifs existants ;
- enfin, des actions de réduction peuvent alors être mises en place au sein de leurs opérations internes, de leur chaîne de valeur et directement envers les clients – comme l'intégration systématique du risque climatique dans les modèles actuariels.
Enfin, le développement de produits spécifiques comme l'assurance paramétrique pour les énergies renouvelables, les garanties de performance énergétique pour la rénovation des bâtiments peuvent débloquer le financement de solutions climatiques encore perçues comme risquées par les investisseurs…
Des investissements encore trop faibles, puisque selon France Assureurs (2022), ils s’élevaient à 141 milliards d’euros en 2021 – ce qui représente 6,3 % des actifs gérés par les assureurs…
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