
Le guide du Bilan Carbone® entreprise en 2026
Le Bilan Carbone® est une méthode de comptabilité carbone créée par l’ADEME et portée par l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC).
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Par Anaïs Badillo, Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement, le 30/06/2023


Pendant longtemps, le charbon a été synonyme de pollution et de réchauffement climatique. Et si une nouvelle variété de charbon, provenant de sources végétales, pouvait au contraire aider à l'atténuer ? Le paradoxe du biochar, également connu sous le nom de « charbon vert », est qu'il s'agit d'un matériau ancien, réexaminé par la science contemporaine, qui emmagasine le carbone dans les sols au lieu de l'émettre dans l'atmosphère.
Le biochar ou « bio-charbon » est un terme issu de la contraction des mots « bio » pour « biologique » et « char » pour « charbon ». Autrement dit, il s’agit d’un charbon d’origine végétale, la matière étant produite à partir de résidus végétaux (biomasse).
Le biochar, un puits de carbone déployable à grande échelle et un matériau à haute valeur ajoutée
Suez
Méconnue du grand public, cette matière végétale existe en réalité depuis des milliers d’années. Les entreprises actuelles tentent de reproduire le phénomène des terres noires d’Amazonie (Terra Preta), des sols pauvres (oxisols) devenus fertiles grâce à la présence de charbon dans le sol enfoui par les civilisations précolombiennes.
Info La Terra Preta est une technique ancestrale développée en Amazonie, reposant sur l’incorporation volontaire de charbon dans les sols afin d’en accroître la fertilité. Cette pratique permettait de rendre les sols extrêmement fertiles, tout en stockant le carbone sur des millénaires. À présent, la science redécouvre ce procédé pour en faire un outil de lutte contre le réchauffement climatique (source : Horizon IRD).
À présent, la science redécouvre ce procédé pour en faire un outil de lutte contre le réchauffement climatique.
Biochar : définition, composition, avantage et inconvénients
Novethic
Le biochar est un matériau solide, poreux et riche en carbone, obtenu par pyrolyse de la biomasse : un procédé consistant à chauffer de la matière organique — résidus forestiers, déchets agricoles — à haute température (entre 350°C et 1 000°C) dans un environnement sans oxygène ou très pauvre en oxygène.
Pour comprendre son intérêt, il faut d'abord comprendre ce qui se passe sans lui. Quand une plante meurt, elle se décompose naturellement et son carbone retourne dans l'atmosphère sous forme de CO₂. La pyrolyse interrompt ce cycle : en transformant la biomasse en biochar, on fige ce carbone sous une forme solide et stable, capable de rester dans le sol pendant des centaines, voire des milliers d'années. Contrairement au charbon classique, il n'est pas brûlé pour l'énergie (fossile) mais utilisé pour stocker durablement le carbone dans les sols ou les matériaux (béton, plastiques), agissant comme un véritable « puits de carbone ».
Cette capacité à immobiliser durablement le carbone ouvre des applications concrètes : amendement des sols agricoles, incorporation dans des matériaux de construction (béton, plastiques) ou encore restauration des sols dégradés. En cause : sa porosité et ses micro-cavités absorbent l’eau et les nutriments afin de nourrir la terre – et son pH basique situé entre 7 à 10 permet :
C'est pourquoi le GIEC le reconnaît comme une technologie à émissions négatives (NET), dotée d’un fort potentiel de contribution à l’atténuation du changement climatique, tout en offrant des co-bénéfices liés, entre autres, à ses propriétés d’amendement des sols (source : Intergovernmental Panel on Climate Change).
Le biochar, puits de carbone, source d’énergie, fertilisant et espoir dans la lutte contre le réchauffement climatique
Le Monde, 2023
Effectivement, un inconvénient du biochar peut être identifié, mais pour l'instant, il est davantage spéculatif que confirmé. En effet, si l'on détourne des résidus qui servaient auparavant à nourrir le bétail (et in fine l’Homme) ou à amender naturellement les sols (compostage), on crée un déséquilibre, voire un conflit d’intérêts pour répondre à une logique purement de rentabilité financière.
Il faut s'assurer que la biomasse utilisée est un véritable déchet ultime sans autre débouché, pour éviter de déstabiliser d'autres filières agricoles ou énergétiques.
La biomasse est d'abord stockée dans des silos, puis passée dans un séchoir afin de réduire au maximum son taux d'humidité. La biomasse séchée est ensuite chauffée à très haute température (entre 350°C et 650°C) dans un réacteur de pyrolyse, en atmosphère pauvre en oxygène.
L’intérêt de ce processus ? Obtenir un composant solide et stable (le biochar), notamment composé de minéraux et de carbone issus de la biomasse. Parfois, le processus peut se poursuivre avec la gazéification, permettant de transformer les phases non gazeuses en gaz de synthèse.
Le biochar, un puits de carbone déployable à grande échelle et un matériau à haute valeur ajoutée
SUEZ
En effet, la pyrolyse génère également un co-produit gazeux appelé syngaz, porteur d'énergie récupérable. Si besoin, le processus peut se prolonger par une étape de gazéification : en introduisant de petites quantités d'air, de CO₂ ou de vapeur d'eau, les phases non gazeuses restantes sont à leur tour converties en gaz de synthèse.
Le gaz renouvelable issu de ce procédé industriel peut être directement réinjecté dans le four, afin d’alléger l’impact environnemental de la fabrication du biochar. En outre, en cas de surplus, l’énergie est utilisée pour produire de l’électricité ou de l’hydrogène vert.
Fort du potentiel climatique du biochar, l'entreprise française NetZero — fondée en 2021 — a inauguré au Brésil, à Lajinha, la plus grande usine de production de biochar au monde. Une ambition soutenue par Jean Jouzel, climatologue de référence et ancien vice-président du GIEC.
Dans les faits, l’entreprise française NetZero transforme la parche de café en biochar, c’est-à-dire des déchets issus du décorticage du café. Durant leur croissance, les grains de café absorbent du carbone, au même titre que les coques qui les entourent (les parches donc). Ces résidus de plantes vont à leur tour être exploités pour extraire le carbone stocké tout au long de leur vie. Habituellement stockés près de l’usine de café et inutilisés, ces résidus de différentes origines – principalement issus des régions tropicales – se décomposent et rejettent du carbone dans l’atmosphère. Ce procédé de valorisation permet donc de leur offrir une nouvelle utilité.
Oui, il est possible de produire du biochar à petite échelle par pyrolyse artisanale, par exemple à l’aide de la méthode du « fût dans le fût » ou d’un four de pyrolyse artisanal.
Attention cependant à prendre quelques précautions avant de réaliser votre biochar « maison » :
Le résultat sera moins homogène qu'un biochar industriel, mais tout à fait utilisable pour amender un potager ou des plantes en pot.
Pour les particuliers, il se vend généralement en sacs de 5 à 20 kg, avec un coût variant de 15 à 30 € pour 5 kg, soit approximativement entre 2 000 et 4 000 €/tonne à la vente au détail. Pour une application à plus grande échelle, le coût se situe entre 600 et 800 €/tonne (source : Claude).
Il est donc davantage approprié aux petites surfaces, aux serres ou aux cultures de longue durée qu'aux grandes exploitations.
Le biochar est disponible en France auprès de producteurs spécialisés comme Terra Fertilis, ÉlémenTerre Bretagne ou Kokopelli, ainsi que sur des plateformes comme Neoverda.
Avant d'acheter votre biochar, voici quelques précautions d’achat à prendre :
En fait, les deux sont produits par pyrolyse, mais leur usage diffère complètement : le charbon de bois est brûlé pour produire de l'énergie ou de la chaleur, tandis que le biochar est conçu pour être enfoui dans le sol afin d'y stocker durablement le carbone et améliorer la fertilité des sols.
Le biochar est disponible auprès de producteurs spécialisés comme Soneco, Terra Fertilis ou Carbon Comply, ainsi que sur certaines plateformes agricoles en ligne.
Le secteur du biochar est en plein essor : 130 projets européens recensés fin 2022. La France reste toutefois en retard sur l'Allemagne, la Suisse ou les États-Unis, freinée par un coût de production élevé, environ 800 euros la tonne. Un tournant s'amorce depuis 2019 avec la vente de crédits carbone, qui permet de réduire significativement le prix pour les agriculteurs.