
Le guide du Bilan Carbone® entreprise en 2026
Le Bilan Carbone® est une méthode de comptabilité carbone créée par l’ADEME et portée par l'Association pour la transition Bas Carbone (ABC).
ESG / RSE
Secteurs d'activité


Par Anaïs Badillo, Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement, le 29/09/2022
Mis à jour par Anaïs Badillo, le 30/04/2026


De manière grossière, c'est la mesure de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par votre exploitation agricole, exprimées en tonnes de CO₂ équivalent (tCO₂e), moins le stockage de carbone réalisé à la ferme.
Le bilan carbone de l'élevage
INRAE, 2024
Chaque exploitation agricole, de par sa nature même, génère une pollution environnementale, que ce soit à travers ses propres opérations (comme l'utilisation de tracteurs, l'élevage d'animaux ou les épandages), ses acquisitions (comme les engrais, la nourriture pour animaux et les produits phytosanitaires) ou encore le transport et la livraison qu'elle réalise.
Pour mesurer cette pollution, que ce soit dans un cadre réglementaire ou volontaire, un exploitant agricole peut réaliser un Bilan d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Il s’agit d’une évaluation des émissions générées par son activité, exprimées en tonnes de CO₂ équivalent (tCO₂e) – également noté CO₂e ou CO₂ éq. Le Bilan Carbone® est l’une des méthodes de référence pour réaliser ce type d’analyse, développée par l’ADEME.
L'objectif : identifier vos principales sources d'émissions pour agir là où c'est le plus impactant.
Le tout est donc exprimé en tonnes de CO₂ équivalent (tCO₂e). C'est une unité standard qui facilite la comparaison et l'addition de gaz très divers tels que le dioxyde de carbone (CO₂), produit par exemple par la combustion de carburants fossiles, comme le diesel des tracteurs ; le méthane (CH₄), qui est libéré par les ruminants pendant leur digestion ; ou encore le protoxyde d'azote (N₂O), émis lors de la fertilisation des terres agricoles.
Les disparités des bilans peuvent être attribuées aux variations du mix énergétique national, des conditions climatiques et des règles écologiques spécifiques à chaque région géographique. Par exemple, la production d'une tonne de blé dans un pays qui dépend du charbon pour ses fertilisants ou d'une irrigation à grande échelle aura une empreinte bien plus importante que si elle était produite en France. Toutefois, voici l’empreinte carbone des secteurs par ordre d’impact :
Avant de collecter la moindre donnée, la première étape est de définir le périmètre de votre bilan, c'est-à-dire décider quelles activités vous allez inclure. C'est une question plus pratique qu'il n'y paraît : si vous faites appel à une entreprise de travaux agricoles pour vos moissons, le carburant qu'elle consomme sur votre exploitation entre dans votre bilan, pas dans le sien. De même, les engrais que vous achetez génèrent des émissions bien avant d'arriver sur votre champ (lors de leur fabrication) et ces émissions sont également à comptabiliser. Définir ce périmètre en amont, c'est s'assurer de ne rien oublier et de ne rien compter deux fois. Une fois le périmètre établi, le calcul suit une logique simple et répétée pour chaque poste :
Vous multipliez vos données d'activité annuelle (litres de diesel consommés, kilos d'engrais épandus, nombre d'animaux élevés) par des coefficients d'émission officiels exprimés en kgCO₂e par unité.
C'est la logique de base : une donnée d'activité multipliée par un facteur d'émission donne une quantité de gaz à effet de serre. Les facteurs utilisés sont issus de la Base Empreinte®, la référence publique gérée par l'ADEME, mise à jour régulièrement. Cela signifie que refaire son bilan deux ans plus tard en utilisant les mêmes méthodes peut donner des résultats légèrement différents, non pas en raison d'une éventuelle modification de l'exploitation, mais plutôt parce que les coefficients ont évolué.
Le résultat final est exprimé en tonnes de CO₂ équivalent (tCO₂e), une unité commune qui permet d'additionner sur une même échelle des gaz très différents, CO₂, méthane, protoxyde d'azote – et d'identifier clairement les postes les plus émetteurs.
Pour une exploitation agricole, les catégories d’émissions à recenser dans ce bilan sont les suivantes :
| Type d’émissions | Description | Calcul |
|---|---|---|
Intrants agricoles |
Émissions provenant des engrais azotés (ex : urée, ammonitrate), des produits phytosanitaires, des semences et plants, des aliments achetés pour le bétail… | Dans la Base Empreinte® → catégorie « intrants agricoles ». Facteur exprimé en kgCO₂e/kg de produit. Utilisez vos factures en kg. |
L'énergie |
Ce poste comptabilise toutes les consommations de combustibles et d'électricité utilisées dans l'exploitation. | Base Empreinte® → catégorie « énergie ». Inclure le carburant des prestataires (ETA). |
Le cheptel |
Émissions de méthane entérique et gestion des effluents (lisier, fumier). | Facteur par tête/an. Calcul basé sur les UGB. |
Terres et cultures |
Émissions de N₂O + stockage carbone des sols, cultures et haies. | Approche IPCC niveau 1 + déduction des puits carbone. |
Transport |
Flux logistiques, livraisons, déplacements. | kgCO₂e / tonne.km (Base Empreinte®). |
Matériel et bâtiments |
Fabrication des engins et infrastructures. | Amortissement carbone sur durée de vie. |
Fret aval |
Transport des marchandises vendues. | tonnage × distance × facteur CO₂e. |
Déchets |
Traitement des emballages, plastiques, huiles. | Facteur selon traitement (recyclage, incinération...). |
Gaz réfrigérants |
Fuites de gaz fluorés (climatisation, froid). | Quantité rechargée × facteur du gaz. |
L'objectif : identifier vos principales sources d'émissions pour agir là où c'est le plus impactant (généralement les intrants chimiques et le bétail). Les intrants sont souvent le poste le plus émissif.
Transformations de l'agriculture et des consommations alimentaires
Insee, 2022
Contrairement à un simple calcul d'énergie, le bilan d’émissions GES d’une exploitation agricole couvre donc tous les flux : les intrants achetés, l'énergie consommée, les animaux élevés, les sols cultivés et les transports…
Ce qui le rend particulièrement intéressant pour le secteur agricole, c'est qu'il englobe des émissions invisibles mais massives telles que les émissions de méthane (provenant des ruminants) ou le protoxyde d'azote issu des engrais (qui n'apparaissent sur aucune facture).
Une autre caractéristique est que l'agriculture, en plus d'être une source d'émissions, peut également agir comme un puits de carbone grâce aux prairies permanentes, aux haies ou à l'agroforesterie. L'objectif final n'est pas de culpabiliser, mais d'identifier les postes prioritaires pour réduire l'empreinte globale, et parfois de valoriser des pratiques vertueuses déjà en place.
Réduire l'empreinte carbone d'une exploitation agricole repose essentiellement sur deux leviers complémentaires : diminuer ses émissions de GES et augmenter sa capacité à stocker du carbone.
👀Le soutien de la Politique agricole commune (PAC): Afin de mettre en valeur les bonnes initiatives de son exploitation agricole, il est possible de demander la certification bas carbone instaurée par les pouvoirs publics. La démarche permet aux exploitants d'évaluer sur cinq années leurs émissions et stockage de carbone afin d’évaluer leurs progrès suite à l'adoption de nouvelles pratiques. En général, une exploitation standard peut tabler sur une économie moyenne de 25 tonnes de carbone par an. À noter : la PAC distribue des aides obtenues sur dossier pour implémenter certaines des mesures décrites ci-dessus. Ces aides s’adressent directement aux producteurs en conversion et sont mises en place dans le cadre des programmes de développement rural régional
La comparaison est plus compliquée qu'elle ne semble. Parfois, les études classiques d'Analyse du Cycle de Vie (ACV) indiquent que l'agriculture biologique génère plus d'émissions par kilogramme produit, en raison de rendements inférieurs qui nécessitent donc une plus grande superficie. Cependant, cette méthode est actuellement remise en question : elle néglige des facteurs cruciaux tels que la biodiversité, les terres agricoles bio favorisent un niveau de biodiversité environ supérieur de 30% — la qualité des sols ou l'absence de pesticides de synthèse. Évaluer les deux systèmes uniquement en termes de tonnes de CO₂ par kilogramme produit, c'est donc prendre en compte une partie du problème tout en négligeant le reste (INRAE, 2020)
L'activité agricole la plus polluante est l'élevage industriel de ruminants (bovins, moutons, chèvres, cervidés…), à cause du méthane qu'ils émettent et de la gestion de leurs déchets, associée à l'agriculture intensive qui repose sur les engrais azotés synthétiques. L'impact écologique est d'autant plus grand lorsque ces méthodes conduisent à la déforestation pour produire des aliments importés de type soja.