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International Sustainability Standards Board (ISSB) : le guide
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International Sustainability Standards Board (ISSB) : le guide

ESG / RSELégislations & normes
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Anaïs Badillo

Par , Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement, le 14/03/2025

Mis à jour par Anaïs Badillo, le 18/06/2026

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Logo ISSB
L'ISSB vise à simplifier les indicateurs extra-financiers en les réduisant à quelques-uns, applicables à tous et compréhensibles pour les investisseurs.
ESG / RSE
2026-06-18T00:00:00.000Z
fr-fr

L’ère du simple alignement entre quelques grandes normes est révolue. Face à la prolifération des régulations, Emmanuel Faber, président de l’ISSB, plaide pour une simplification du reporting comptable. C’est dans cette logique qu’a été créée l’ISSB et, avec lui, les normes IFRS S1 et S2, offrant un cadre commun aux entreprises et aux marchés financiers. 

Mais alors que la CSRD entre en scène en Europe, quelle place pour ce nouveau référentiel dans l’écosystème foisonnant des normes ?

Que signifie ISSB ?

An introduction to ISSB’s new International Sustainability Disclosure Standards (IFRS SDS)

Ecoact, 2024

Les marchés financiers ont tranché : les données ESG, fondées sur des preuves, cohérentes et comparables, font cruellement défaut pour prendre des décisions éclairées. Au fil des années, plusieurs cadres et normes ont cherché à améliorer la transparence des objectifs climatiques.

Pour pallier ce manque de transparence dans le reporting extra-financier, la Fondation IFRS (International Financial Reporting Standards) a créé en 2021 l’ISSB (International Sustainability Standards Board). Cet organisme international est chargé d’élaborer des normes harmonisées sur la performance extra-financière des entreprises, destinées aux marchés financiers.

Son objectif est de fournir aux acteurs financiers des informations comparables, fiables et compréhensibles sur les risques et opportunités liés aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). En s’appuyant sur les cadres existants – Integrated Reporting, CDSB, cadre du SFDR, SASB et TCFD –, l’ISSB les a consolidés et enrichis pour élaborer ses propres normes de reporting extra-financier !

Emmanuel Faber, président de l'ISSB, est l'invité de "On n'arrête pas l'éco"

Emmanuel Faber, France Inter, 2024

L’idée étant de construire un langage comptable avec des indicateurs climat, qui soit commun à tous, afin d’en finir avec les centaines d'indicateurs ESG.

Quels sont les 4 piliers de l'ISSB ?

Quels sont les 4 piliers de l'ISSB ?

L'ISSB a adopté la structure du TCFD par souci de continuité et de crédibilité. Fondé en 2015 par le Conseil de stabilité financière, le TCFD était déjà reconnu comme la norme internationale de la communication climatique, familière aux autorités publiques, aux investisseurs et à des milliers d’entreprises.


Pour dire autrement : l'ISSB n'a pas seulement tiré des inspirations du TCFD, il l'a intégré et étendu. Ainsi, les standards de l'ISSB sont structurés autour des quatre axes dérivés du TCFD.

Gouvernance
Qui traite des enjeux climatiques au sein de l'entreprise.
Stratégie
la manière dont les risques et opportunités sont intégrés dans le business modèle.
Gestion des risques
Le processus d'identification, d'évaluation et de traitement des risques.
Indicateurs et objectifs
Les métriques quantitatives et les objectifs de réduction.

Qu’est-ce que l’IFRS et quel est son lien avec l’ISSB ?

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NB : L’ISSB est une initiative soutenue par des instances internationales telles que le G7, le G20 et le Financial Stability Board (FSB), et bénéficie aujourd’hui d’un large appui à l’échelle mondiale. De plus, il collabore avec des organismes de régulation comme l’IOSCO ainsi qu’avec des juridictions majeures (UE, États-Unis, Chine, Japon) pour favoriser l’adoption de ses normes. Enfin, l’ISSB travaille avec la Global Reporting Initiative (GRI) afin de répondre aux attentes des investisseurs tout en prenant en compte celles des autres parties prenantes.

Les IFRS, ou International Financial Reporting Standards, constituent le référentiel comptable international le plus largement utilisé au monde.

Elles sont élaborées par la fondation IFRS, une organisation d’intérêt public dont la mission est de développer des normes comptables de haute qualité, compréhensibles, applicables et reconnues à l’échelle internationale. Leur objectif est d’harmoniser la présentation des comptes et des performances financières des entreprises à travers le monde.

En 2021, la Fondation IFRS a créé l’ISSB (International Sustainability Standards Board), chargé d’élaborer les normes de reporting en matière de durabilité, notamment les normes IFRS S1 et IFRS S2. L’ISSB joue ainsi, pour l’information extra-financière, un rôle comparable à celui de l’IASB (International Accounting Standards Board) pour l’information financière.

Emmanuel Faber, président de l'ISSB, est l'invité de "On n'arrête pas l'éco"

Emmanuel Faber, France Inter, 2024

L’IFRS est l'organisme qui définit les normes comptables dans plus de 140 pays du monde et a été chargé de construire un langage comptable. 

Dans cette logique, l’ISSB a dévoilé en juin 2023 deux nouvelles normes, IFRS S1 et IFRS S2, qui sont officiellement entrées en vigueur en janvier 2024. Ces nouveaux standards visent à fournir aux acteurs de marchés financiers des informations comparables et fiables sur l’impact des risques et opportunités liés au climat, notamment, sur la performance de l’entreprise.

En pratique, une entreprise qui applique le standard IFRS S1 est tenue d'appliquer le standard IFRS S2.

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Pour en découvrir davantage sur ces normes de reporting extra-financier, n'hésitez pas à consulter notre article dédié aux normes IFRS S1 et IFRS S2 !

Emmanuel Faber, aux commandes de l’ISSB

Ancien PDG de Danone, Emmanuel Faber est désormais aux commandes de l’International Sustainability Standards Board (ISSB), depuis 2021. Fort de son expérience en tant que directeur financier et directeur général de Danone, il ambitionne de révolutionner la comptabilité carbone en instaurant un langage universel pour mesurer les impacts environnementaux des entreprises.

À la tête de l’ISSB, Emmanuel Faber veut en finir avec la prolifération des critères ESG, trop souvent laissés au bon vouloir des entreprises. Il plaide pour un cadre harmonisé, avec quelques indicateurs communs – le tout aligné sur les marchés financiers. 

De par son expérience, il entend donc propulser des normes comparables, à la fois adaptées aux besoins des entreprises et compréhensibles pour les investisseurs – afin de mobiliser davantage de capitaux afin d’accélérer la transition écologique.

Emmanuel Faber, président de l'ISSB, est l'invité de "On n'arrête pas l'éco"

Emmanuel Faber, France Inter, 2024

La nature n’a pas de prix au sens comptable du terme, car son cadre échappe au langage économique traditionnel. L’enjeu est donc de l’intégrer, ou du moins de créer un langage commun pour tous [...]. Il s’agit de définir un cadre qui serve à la fois d’adaptateur entre les politiques et les marchés financiers et de levier de transformation, afin de mobiliser les ressources nécessaires pour relever le défi climatique.

Grâce à un langage commun, les acteurs financiers pourraient prendre de meilleures décisions et orienter les fonds nécessaires à la transition. À noter que ces normes sont encore en cours d’homologation et ne sont pas obligatoires pour les entreprises.

Cependant, dans un paysage déjà marqué par une prolifération de normes, l’ajout d’un nouveau cadre soulève une question : apportera-t-il une réelle évolution ou ne fera-t-il que s’ajouter à l’existant – sans pour autant infléchir la quête de rentabilité des actionnaires ?

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Personne (Emmanuel Faber) parlant dans un micro

Un autre point d’ombre concerne la manière dont l’ISSB appréhende les impacts des entreprises sur le climat. Là ou la CSRD introduit le principe de double matérialité, l’ISSB adopte une vision centrée sur la matérialité financière.

Qu'est-ce que la matérialité financière dans le cadre de l'ISSB ?

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La matérialité financière, ou matérialité simple, désigne le principe selon lequel une entreprise ne publie que les informations de durabilité susceptibles d'influencer la performance financière, les flux de trésorerie ou le coût du capital.

Concrètement, un enjeu environnemental ou social n'est jugé "matériel" que s'il représente un risque ou une opportunité économique pour l'entreprise. C'est l'approche retenue par l'ISSB, à l'inverse de la double matérialité européenne qui intègre aussi l'impact de l'entreprise sur son environnement.

En ce sens, la nature – et en particulier le climat – n’est envisagée qu’au prisme de son impact sur la performance financière des entreprises, et donc sur la valeur actionnariale. En d’autres termes, une pollution, une atteinte à la biodiversité ou des pratiques sociales discutables ne seraient considérées problématiques que si elles représentent un risque financier.

L’ISSB : un standard pour qui ? 

La principale critique adressée à l’ISSB est qu’il adopte une approche centrée sur la valorisation du capital pour les actionnaires et tend à diminuer la responsabilité environnementale des entreprises. 

L’ISSB fait reposer ses choix sur une raison fondamentale : les besoins des investisseurs. Cet organisme semble ainsi connaître parfaitement ces fameux "besoins", qui reposeraient sur une seule préoccupation, apparemment, celle de la maximisation de la valeur financière des investissements (source : Novethic, 2024).

L’entreprise n’a ainsi aucune responsabilité explicite vis-à-vis de l’environnement. De plus, aucun autre enjeu écologique, comme la biodiversité, n’est pris en compte. En réduisant la nature à un simple facteur de risque financier, l’ISSB pourrait ainsi limiter la portée de la responsabilité des entreprises sur leur impact environnemental.

Si Emmanuel Faber assure que tous les impacts, y compris le scope 3, seront pris en compte, une limite fondamentale subsiste (source : Emmanuel Faber, France Inter, 2024). La réduction de l’impact carbone d’une entreprise ne deviendra une priorité que si elle influe directement sur la rentabilité ou la perception des investisseurs. Dès lors, l’impératif environnemental risque d’être relégué au second plan, éclipsé par les exigences des marchés financiers.

Autrement dit, elle se focalise uniquement sur les risques et opportunités que ces enjeux représentent pour la performance économique des entreprises.

Comme l’explique Alexandre Rambaud, enseignant-chercheur spécialisé en comptabilité financière et écologique :

Suite à la nomination d'E. Faber à l'ISSB

Alexandre Rambaud, LinkedIn, 2023

La nature (à commencer par le climat, seul milieu naturel abordé pour l'instant par l'ISSB) est représentée par le biais des services qu'elle procure aux entreprises, et en fait aux actionnaires, en termes de gains ou de risques sur la productivité (la valeur actionnariale).
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Cette limitation se cristallise dans un choix structurel révélateur : en avril 2026, l'ISSB a refusé d'établir une norme obligatoire sur la nature et la biodiversité, et ce, malgré une requête collective d'experts, en faveur de son intégration. L'association a opté pour un guide non obligatoire, précisant que la biodiversité ne sera jamais un élément aussi structuré que le climat - et reflétant le manque de responsabilité explicite en matière de problèmes environnementaux au-delà de leur influence sur la profitabilité.

FAQ liée à l'International Sustainability Standards Board (ISSB)

  • Une entreprise française doit-elle se conformer à IFRS S1/S2 ou à la CSRD ?

    En France, c'est la CSRD qui est contraignante sur le plan juridique, l'IFRS S1/S2 n'ayant aucune force réglementaire au sein de l'Union européenne. Toutefois, une société française qui est listée sur un marché à l'étranger où l'ISSB est applicable (Japon, UK, Singapour, etc.), ou qui possède des filiales dans ces pays, pourrait être contrainte de suivre les deux régimes. Le manuel d'interopérabilité émis par l'EFRAG et l'ISSB en 2024 facilite la centralisation d'une majorité de données recueillies.

  • Quelle est la différence entre IFRS S1/S2 et les ESRS (CSRD) ?

    Les deux cadres de référence présentent une architecture similaire (tirée du TCFD), mais se distinguent sur trois aspects majeurs. Premièrement la matérialité : considérée de manière unilatérale par l'ISSB, et de manière bilatérale par l'ESRS. Concernant le champ d'application : pour le moment, l'ISSB se concentre sur le climat et la durabilité financièreement significatif, tandis que les ESRS abordent globalement l'environnement, le social et la gouvernance. Concernant le cadre légal : les ESRS sont imposés au sein de l'UE, tandis que l'ISSB demeure un standard dont l'adoption est facultative et gérée indépendamment par chaque juridiction.

Bibliographie

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