
Normes ESRS : le guide 2026
Les normes ESRS sont des règles visant à encadrer la réalisation du reporting extra-financier imposé par la CSRD. Explications.
ESG / RSE
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Par Anaïs Badillo, Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement, le 12/01/2024
Mis à jour par Anaïs Badillo, le 12/07/2026


Le principe de double matérialité est un concept visant à allier la matérialité financière à la matérialité d’impact, dans le cadre de l’évaluation de la performance d’une entreprise. En d’autres termes, elle place les performances financières, sociales et environnementales sur un pied d’égalité. Avec la double matérialité, une entreprise ne peut plus être considérée comme performante, si elle se concentre uniquement sur le volet financier de son bilan comptable.
L'objectif de l'analyse de double matérialité est d'identifier les problématiques auxquelles une organisation est confrontée, tout en déterminant leur degré de priorité. Cette priorisation se fonde sur l'examen des aspects financiers, sociaux et environnementaux inhérents à chaque enjeu. L'accent doit être mis principalement sur les enjeux cruciaux pour toutes les entités impliquées. Pas pour une seule d'entre elles.
Concrètement, l’analyse de double matérialité repose sur l’étude de deux perspectives distinctes mais complémentaires :
La CSRD, fondée sur le concept de double matérialité, a pour objectif central de contraindre les entreprises à se concentrer sur leurs répercussions sociales et environnementales. Elle véhicule l'objectif du législateur européen d'établir une intégration systématique des problématiques sociales et environnementales dans la comptabilité des entreprises. Pourtant, l'idée n'est pas nouvelle. La NFRD (2014) en parlait déjà, et la Commission européenne a recommandé cela dès 2019 dans ses Directives sur l'information non financière.
Ce qui change avec la CSRD, c'est le statut de la double matérialité : de simple recommandation, elle devient une obligation. L'analyse de double matérialité constitue désormais le point de départ de l'exercice de reporting, c'est elle qui détermine les informations à publier au titre des normes ESRS.
Cette logique de double matérialité se retrouve en finance, où le SFDR demande de déclarer les principales incidences négatives des investissements.
Double matérialité : l'analyse des impacts, risques et opportunités
Portail RSE, 15 octobre 2024
Comme le souligne Franck Amalric (Square Management) dans Les Échos, la directive ne demande pas l'impossible : nul besoin de produire des données qui n'existent pas. Son esprit tient en une exigence d'honnêteté — chaque entreprise peut s'interroger sur sa capacité à créer de la valeur économique sans sacrifier ni celles et ceux qui font vivre sa chaîne de valeur, ni les équilibres environnementaux de notre « maison commune ».
Au sens de la CSRD, l’analyse de double matérialité est régie par 3 règles :
La matrice de double matérialité traduit visuellement le résultat de votre analyse : elle positionne chaque enjeu de durabilité (changement climatique, ressources en eau, conditions de travail...) selon les deux scores qui lui ont été attribués lors de l'évaluation. Concrètement, elle croise deux axes :
Chaque sujet de l'ESRS - changement climatique, pollution, biodiversité & écosystèmes, travailleur de la chaîne de valeur - est situé en fonction de son score sur ces deux aspects.
La matrice de double matérialité illustre visuellement les résultats de votre analyse. Elle intègre deux dimensions : la matérialité financière (l'influence des enjeux ESG sur l'entreprise) en abscisse, et la matérialité d'impact (l'effet de l'entreprise sur le monde environnemental et sociétal) en ordonnée. Chaque enjeu est positionné en fonction de son score sur ces deux axes.
Pour illustrer, prenons le cas spécifique du changement climatique (ESRS E1) qui se retrouve habituellement dans le quadrant supérieur droit où il y a une matérielle importance sur les deux plans. Par conséquent, il est prioritaire pour le reporting. À l'inverse, un enjeu positionné dans le quadrant inférieur gauche peut être écarté du rapport, à condition de documenter cette exclusion.
Voici un aperçu de la matrice élaborée au sein du module CSRD de Greenly : chaque enjeu est noté, positionné et associé aux exigences ESRS appropriées, prêt pour l'audit :

Remarque, ceci est un exemple de matrice de double matérialité. Les enjeux identifiés comme matériels varient d'une entreprise à l'autre, votre propre matrice reflétera les spécificités de votre activité.
Dans la pratique, l'analyse de double matérialité se structure autour de six étapes, réparties en trois phases majeures : l'évaluation interne, l'engagement des parties prenantes et finalement, la synthèse des résultats.
| Étapes | Actions à mener |
|---|---|
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Cartographier la chaîne de valeur
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Décomposer les activités et les sous-activités de l’entreprise sur l’ensemble de la chaîne de valeur, en précisant leurs caractéristiques (localisation, etc.). |
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Cartographier les parties prenantes
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Identifier les parties prenantes internes et externes de l'entreprise à chaque étape de la chaîne de valeur, ainsi que les enjeux ESG associés. |
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Établir une liste d’impacts ESG potentiels
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Consolider toutes les natures d’impact ESG possibles, qu’ils soient positifs ou négatifs. |
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Définir une liste d’impacts financiers potentiels
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Déterminer si les impacts ESG génèrent des impacts financiers sur l’entreprise, qu’ils soient négatifs ou positifs. |
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Réaliser la cotation des impacts ESG et des impacts financiers
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Élaborer une méthodologie pour coter les impacts ESG et financiers (ampleur potentielle, probabilité de survenue, etc.). |
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Réaliser la matrice de double matérialité
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Consolider les résultats de la cotation pour hiérarchiser les enjeux de durabilité selon l’incidence sur les parties prenantes et l’impact financier. |
Cette première étape consiste à définir le déroulé et les moyens mobilisés dans le cadre de l’analyse de double matérialité. Un conseil : servez-vous des normes ESRS pour vous aiguiller. Celles-ci vous aideront à :
Principale difficulté à ce stade : ne rien oublier. Soyez vigilants vis-à-vis de la chaîne de votre entreprise, qui regorge certainement d’impacts sociaux et environnementaux indirects.
À partir des premiers éléments ainsi regroupés, vous allez pouvoir procéder à l’évaluation de la double matérialité des enjeux identifiés. Dans la pratique, ceci passera par l’organisation d’entretiens et d’ateliers avec vos collaborateurs en interne. Ils vous permettront de développer une vision exhaustive de chaque problématique.
Une fois l’évaluation interne achevée, définissez la liste des parties prenantes avec qui vous devez prendre contact. On distingue deux types de parties prenantes :
Il faut souligner que les parties prenantes qui utilisent l'information peuvent inclure les autorités gouvernementales, les partenaires commerciaux et sociaux, les investisseurs, la société civile, ainsi que les syndicats.
Comme pour l’étape suivante, la préparation des échanges est essentielle. Élaborez en amont les questions, les thèmes et les métriques. Pour vous aiguiller dans cette démarche, sachez qu’il existe trois types d’information que vous devez absolument recueillir : les perceptions, les préoccupations et les attentes prioritaires des parties prenantes. Cette catégorisation vous aidera grandement dans le travail de synthèse qui s’ensuivra.
Dernière étape : croiser les résultats de votre évaluation interne avec les retours des parties prenantes. Concrètement, il s'agit d'ajuster la cotation de chaque enjeu à la lumière de ces échanges, et d'analyser les écarts éventuels — un enjeu jugé secondaire en interne peut s'avérer prioritaire aux yeux de vos parties prenantes, et inversement. Ces écarts sont précieux : ils révèlent les angles morts de votre organisation et orientent vos futurs plans d'action.
À l'issue de ce travail, vous disposez de deux livrables :
Le module CSRD de la plateforme Greenly intègre l'analyse de double matérialité de bout en bout grâce à :
| Les assets Greenly | Le bénéfice que vous en retirez |
|---|---|
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Un scoring conforme aux exigences de l'EFRAG
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Des évaluations de matérialité automatisées par secteur d'activité pour garantir votre conformité aux normes définies par l'EFRAG. |
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Une collecte des données ESRS boostée par l'IA
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Rationalisez la cartographie des données à collecter via l'IA pour recueillir les informations ESRS nécessaires sans effort. |
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Des rapports xHTML automatisés avec XBRL
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Soumettez vos rapports avec facilité, en les exportant au format xHTML requis, avec étiquetage XBRL. |
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Un soutien expert à chaque étape
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Rencontrez les experts CSRD et climat de Greenly via les formations et le suivi, qui vous permettront d'être accompagné(e)s tout en gagnant vous-mêmes en expertise. |
À l'issue de l'exercice, vous exportez votre rapport au format prescrit par la CSRD. Et nos experts formés à l'audit, vous guideront tout au long du processus : depuis le cadre de l'analyse, l'interprétation des résultats, jusqu'à l'engagement de vos parties concernées.

Pour en savoir plus, explorez notre offre de reporting CSRD : nos équipes vous proposent une démonstration gratuite de la plateforme.
À l’origine, la matérialité est un principe qui consiste à identifier et définir les principaux enjeux d’une entreprise et de ses parties prenantes. Comme nous venons de le voir, la perception de ce qui devait être intégré à cette notion de matérialité a évolué avec le temps. D’abord cantonné à la sphère financière, le concept de matérialité devait permettre aux actionnaires d’évaluer le risque d’investissement au sens comptable et juridique. À la fin des années 1990 cependant, une première mue s’est opérée. Le concept de matérialité a alors commencé à s’étendre au-delà du champ des investisseurs : les consommateurs notamment ont fait l’objet de considérations nouvelles. Ce fut le début de l’essor de la transparence. Puis, en 2006, la Global Reporting Initiative (GRI) a intégré pour la première fois la matérialité à ses lignes directrices (les fameuses “G3”), lesquelles encadrent l’élaboration de rapports de développement durable.
Toutes les entreprises qui tombent sous l'application de la CSRD : les grandes entreprises qui franchissent deux des trois critères (250 employés, 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, 25 millions d'euros de bilan), ainsi que les petites et moyennes entreprises cotées sur base d'un programme échelonné. L'évaluation de double matérialité constitue la première démarche indispensable pour leur rapport sur la durabilité.
L'analyse doit être revue à chaque exercice de reporting. Il n'est pas systématiquement indispensable d'effectuer une mise à jour intégrale : cela s'avère indispensable lorsqu'il y a une transformation majeure — changement du modèle d'affaires, fusion, nouvelle réglementation ou exigence accrue des parties prenantes. Sinon, une évaluation annuelle de la pertinence est suffisante.