

Par Anaïs Badillo, Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement, le 20/10/2026


Les émissions du scope 3 regroupent celles qui ne sont pas directement produites par l’entreprise, mais qui résultent des activités tout au long de sa chaîne de valeur. Loin d’être anodines, elles constituent souvent la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre générées indirectement par l’entreprise, faisant de ce périmètre un enjeu clé voire incontournable.
Tantôt perçue comme un dilemme cornélien tantôt sous-estimée, l’analyse du scope 3 est complexe, certes, mais reste essentielle pour développer une vision holistique et maîtrisée de l’impact environnemental.
Les "scopes" (littéralement "périmètres" en français) sont des catégories utilisées pour classer les émissions de gaz à effet de serre (GES). Le tout afin de calculer le Bilan Carbone® d'une entreprise. Le scope 3, qui correspond au dernier périmètre, regroupe toutes les émissions indirectes hors énergie générées par l’entreprise.
D’après l’Association pour la Transition Bas Carbone (ABC), le scope 3 du Bilan Carbone® est défini comme toutes les émissions de GES indirectes hors énergie, qui se produisent en amont ou en aval de la chaîne de valeur.
Pour simplifier, ce sont toutes les émissions de GES qui ne sont pas directement produites par l’entreprise, mais qui sont étroitement liées à son activité, c'est-à-dire générées par d'autres entreprises lors de la fabrication de ses produits ou services.
L’étude du scope 3 permet de prendre en compte l’ensemble des émissions de GES, souvent bien plus importantes que les émissions directes.
Le scope 3 couvre en effet toute la chaîne de valeur, comme :
Ces activités mobilisent bien plus d’acteurs et de ressources que les seules opérations de l’entreprise. Un distributeur, par exemple, émet peu sur ses propres sites, mais l’essentiel de son impact provient de la fabrication des produits qu’il revend.
Il est fondamental de calculer le scope 3, car sans cette analyse, la majorité des émissions de gaz à effet de serre restent occultées. En effet, on estime que 50 à 90 % des émissions de GES des entreprises se cachent dans le scope 3 (source : Global climate initiatives, 2022).
Malheureusement, certains rapports révèlent que de nombreuses entreprises ne prêtent toujours pas suffisamment attention à leurs émissions indirectes de GES. (source : rapport de l’association ABC, 2022).
Bien que des efforts aient été faits, la nébuleuse autour du scope 3 tarde à s’éclaircir. Alors, simple omission ou action délibérée de la part des entreprises ?
Ce dernier point peut s’expliquer par la prise de conscience croissante des entreprises concernant l’incompatibilité de leurs modèles d’affaires avec les limites planétaires, comme l’indique l'Association Réseau Action Climat :
La responsabilité climatique des entreprises
Réseau Action Climat
Pour rappel, pour calculer le Bilan Carbone®, il faut estimer les émissions de GES en les différenciant selon trois périmètres. En détail, voici la différence entre ces périmètres :
Ce n'est qu'en étudiant ces trois scopes que l'entreprise peut obtenir une vision complète de son impact environnemental.
Il existe aussi un scope 4, qui désigne les émissions évitées grâce à un produit ou service bas-carbone, calculées par rapport à un scénario de référence. Contrairement aux scopes 1, 2 et 3, il ne fait pas partie du bilan carbone officiel et se déclare toujours séparément des émissions réelles.
Les émissions du scope 3 comprennent toutes les émissions indirectes de gaz à effet de serre (GES) reportées sur la chaîne de valeur, donc que ce soit en amont (avant que les produits ou services soient fabriqués ou fournis à l'entreprise) ou en aval (après leur vente, lorsqu'ils sont utilisés ou distribués par d'autres).
Les émissions en amont du scope 3, également appelées ‘upstream’ en anglais, sont les émissions de GES qui se produisent avant que l’entreprise n’intervienne directement dans la fabrication ou la vente du produit.
Pour simplifier, c’est tout ce qui a permis de "préparer le terrain" avant que l’entreprise ne prenne le relais.
En détail, voici les différentes catégories d'émissions du scope 3, générées en amont de la chaîne de valeur :
| Postes d'émissions | Explications |
|---|---|
| Achat de biens et services | Ce sont les émissions liées à l'achat de matières premières, biens ou services achetés par l’entreprise. |
| Biens d’équipement | Cela concerne les émissions liées à la fabrication et au transport des équipements (machines, bâtiments, etc.) achetés par l’entreprise. |
| Activités liées au carburant et à l’énergie | Ce sont les émissions indirectes liées à la production de l'énergie et du carburant consommés par l’entreprise (par exemple, extraction, raffinage et transport du carburant). |
| Transport et distribution | Il s’agit des émissions générées par le transport des matières premières ou produits semi-finis jusqu'à l’entreprise. |
| Gestion des déchets | Ce sont les déchets générés par les fournisseurs lors de la fabrication des biens ou services. |
| Déplacements professionnels | Cela concerne les émissions générées par les déplacements professionnels, mais aussi les trajets quotidiens des employés pour se rendre au travail. |
| Actifs loués | Ce sont les émissions liées à l’utilisation d’équipements ou de bâtiments loués par l'entreprise. |
Source : (“Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard”, GHG)
Les émissions en aval du scope 3, aussi appelées ‘downstream’ en anglais, sont toutes les émissions de GES qui se produisent après que l’entreprise ait vendu son produit ou service.
NB : Les émissions en aval du scope 3 sont difficiles à appréhender, car elles échappent au contrôle direct de l'entreprise. Pourtant, elles représentent très souvent une part significative dans le calcul du Bilan Carbone®. Par exemple, dans le cas du groupe EDF, trois activités génèrent 80 % des émissions de son scope 3, soit 64 % de son total d'émissions ! Il s'agit des ventes de gaz aux clients, des achats d'électricité pour la revente, et des investissements minoritaires du groupe EDF, qui font partie de l'aval (source : Rapport Bilan carbone, EDF, 2023).
En détail, voici toutes les catégories d’émissions du scope 3, générées en aval de la chaîne de valeur :
| Postes d'émissions | Explications |
|---|---|
| Transport et distribution | Il s'agit des émissions générées par le transport du produit fini, depuis le site de l'entreprise jusqu'au consommateur final. |
| Transformation des produits vendus | Ce sont les émissions liées à la transformation d’un produit brut ou semi-fini avant sa vente ou sa consommation finale. |
| Utilisation des produits ou services vendus | Les émissions générées par l’utilisation du produit. |
| Fin de vie du produit | Une fois le produit utilisé par le consommateur, est-il recyclé, incinéré ou enfoui sous terre ? |
| Actifs loués | Ce sont les émissions des actifs loués (machines, engins de chantier, etc.), mais non reportées dans le scope 1 ou 2, car non possédées par l’entreprise. |
| Émissions des franchises | Il s’agit des émissions générées par les franchises. |
| Investissements | Ce sont les émissions liées aux investissements de l'entreprise (en capital, en dette, ou pour financer des projets). |
Analyser son scope 3 suppose de collecter les données d'émissions de toute la chaîne de valeur, y compris celles des actifs loués, des investissements et des franchises. Deux référentiels encadrent ce calcul :
Le guide technique du GHG Protocol consacré au scope 3 (2013) propose quatre méthodes, classées de la plus précise à la plus approximative :
Le GHG Protocol recommande de commencer par la méthode des dépenses pour repérer les postes les plus émetteurs, puis d'affiner progressivement ces postes avec des données fournisseurs.
En France, la méthode réglementaire BEGES de l'ADEME repose sur un principe simple : multiplier une donnée d'activité par un facteur d'émission. Les facteurs proviennent de la Base Empreinte de l'ADEME, qui a succédé à la Base Carbone. Elle propose deux types de facteurs :
La méthode ADEME impose de couvrir les émissions indirectes significatives et d'indiquer le niveau d'incertitude de chaque poste. La méthode Bilan Carbone® de l'ABC applique les mêmes principes et s'appuie sur les mêmes facteurs d'émission.
| Postes d'émissions | Approche recommandée |
|---|---|
| Achats et transport (amont et aval) | Recueillir les données des fournisseurs et des transporteurs. À défaut, utiliser des facteurs moyens. |
| Transformation des produits vendus | Obtenir les données du processus de transformation, idéalement via une analyse du cycle de vie (ACV). |
| Utilisation et fin de vie des produits | Réaliser une ACV, qui mesure les émissions d'un produit de sa fabrication à sa fin de vie. |
| Actifs loués | Exploiter les consommations d'énergie des actifs ou, à défaut, les données financières des contrats de location. |
| Investissements | Estimer les émissions au prorata de la part détenue dans chaque entreprise ou projet financé. |
| Franchises | Collecter les données des franchisés ou les estimer à partir des émissions moyennes d'un établissement. |
| Déplacements professionnels | Utiliser les distances parcourues par mode de transport ou, à défaut, les dépenses engagées. |
| Trajets domicile-travail | Interroger les salariés sur leurs habitudes de déplacement et appliquer des facteurs moyens. |
(Source : Scope 3, CDP, 2020)
Autrefois sous-estimé, le scope 3 est devenu incontournable. Explications.
En France, le calcul d'un Bilan d'émissions est rendu obligatoire dans certains cas, via la loi L.229-25 du code de l’environnement. Cette loi stipule que certaines organisations doivent publier un bilan d’émissions de gaz à effet de serre, aussi connu sous l'acronyme BEGES.
Les entités concernées sont :
Auparavant limité à l’étude des scopes 1 et 2, le BEGES inclut, depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, le scope 3 de manière obligatoire.
Depuis le 1er janvier 2024, la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) est entrée en vigueur pour harmoniser le reporting des données extra-financières - c’est-à-dire non économiques - des entreprises européennes.
Ce rapport, scindé en 3 grandes thématiques (environnement, social et gouvernance) prévoit l'introduction du Bilan Carbone® pour la partie environnement.
À ce titre, le cabinet de conseil Carbone4 souligne que l’obligation de reporting des émissions de GES liées au scope 3 est désormais bien intégrée dans la CSRD, contrairement à la réglementation précédente, la NFRD (source : CSRD, Carbone 4, 2023).
La plateforme Greenly est certifiée par l’Association pour la Transition Bas Carbone (ABC) comme outil conforme à la méthodologie Bilan Carbone®. Sa méthodologie de calcul a également été vérifiée par l’AFNOR Certification le 10 juin 2024, sur la version V1.0.17 de la plateforme. Cette vérification atteste sa conformité au référentiel BEGES V5 de l’ADEME et au GHG Protocol Corporate Standard.
Entre autres services, Greenly vous permet :
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La méthode officielle BEGES de l'ADEME (version 5) ne se base pas sur des scopes, mais plutôt sur 6 catégories et 23 postes d'émissions. Les catégories 3 à 6 (transport, produits achetés, produits vendus, autres émissions indirectes) correspondent au scope 3 du GHG Protocol. Le périmètre couvert est le même, et une table de correspondance permet de passer d’un référentiel à l’autre.
Les émissions du scope 3 d’une entreprise sont les émissions directes ou énergétiques d’autres acteurs de sa chaîne de valeur. Le carburant brûlé par un transporteur relève ainsi de son scope 1, mais du scope 3 de son client. Ce double comptage est assumé par le GHG Protocol : il interdit seulement d’additionner les scopes 3 de plusieurs entreprises pour estimer les émissions d’un secteur.
Le double comptage désigne le fait qu’une même émission est comptabilisée par plusieurs entreprises de la chaîne de valeur. Le carburant brûlé par un transporteur relève ainsi de son scope 1, mais aussi du scope 3 de son client. Ce phénomène est inhérent au scope 3 et assumé par le GHG Protocol, car il incite chaque acteur à agir sur les émissions qu’il influence. Il interdit en revanche d’additionner les scopes 3 de plusieurs entreprises pour estimer les émissions d’un secteur ou d’un territoire. À l’intérieur d’un même inventaire, en revanche, le double comptage est une erreur à éviter : une émission déjà déclarée en scope 1 ou 2 ne doit pas réapparaître en scope 3. C’est le cas, par exemple, de l’électricité consommée (scope 2) et de sa part amont (catégorie 3 du scope 3), qui doivent rester distinctes.
Non, selon le GHG Protocol, les crédits carbone achetés ne se déduisent pas des émissions inventoriées et doivent être déclarés séparément. Seule une baisse réelle des émissions dans la chaîne de valeur réduit le scope 3.