
Comprendre la taxonomie verte
La taxonomie européenne compte parmi les outils devant permettre à l'UE d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais en quoi consiste-t-elle ?
ESG / RSE
Secteurs d'activité



Le contexte ayant conduit à l’émergence de la loi Duplomb
Pourquoi cette loi ou son abrogation (totale ou partielle) ne sont ni l'une ni l'autre une solution aux problèmes posés sur le volet agricole et environnemental

La proposition de loi Duplomb a émergé fin 2024, dans un contexte de tension extrême (qui n’avait rien d’inédit) au sein du secteur agricole. Depuis maintenant des années, ce domaine d’activité fait l’objet d’une crise majeure, à la fois sociale et économique, et à laquelle peu de réponses ont malheureusement été apportées.
Si on devait résumer les choses de manière très brève, les agriculteurs se heurtent à 3 problèmes :
France24
23 janvier 2024
À cela s’ajoute un mal-être et un sentiment de solitude d’autant plus prégnant que la crise climatique accentue les tensions sur certains sujets.
Profession proche de la terre et souvent très avertie sur le volet écologique, les agriculteurs font malgré tout l'objet d’attaques de la part de militants écologistes, qui les accusent de contribuer à détériorer notre environnement de par leur activité. Ceci dit, l’inverse est vrai aussi : l’animosité entre écologisme et agriculture est devenue telle que des attaques sont également parfois perpétrées par des agriculteurs à l’encontre des écologistes.
Pour rappel, en 2019, le secteur agricole était responsable de 19 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, et incarnait donc le second poste d’émissions au niveau national.
Dans ce contexte, le 1er novembre 2024, Laurent Duplomb (Les Républicains) et Franck Menonville (Union centriste) ont déposé une proposition de loi – devenue la fameuse “loi Duplomb” – qui ambitionnait, sur le papier, de porter secours à la profession agricole en levant “les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur”.
La question des insecticides a été la plus médiatisée, mais en réalité, la loi Duplomb comprenait d'autres mesures que celles-ci. Petit aperçu ci-dessous.
| Mesures phares | Arguments en faveur | Critiques formulées |
|---|---|---|
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Retour dérogatoire de l’acétamipride
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Insecticide autorisé par l’Union européenne, utile pour protéger certaines cultures. Son interdiction en France était perçue comme une atteinte à la compétitivité des producteurs français. | Les ONG environnementales dénoncent un retour en arrière sur les pesticides néonicotinoïdes, accusés d’être nocifs pour les pollinisateurs et la biodiversité - mais pas que. |
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Révision du rôle de l’ANSES et de l’OFB
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Objectif de simplifier et clarifier les procédures pour éviter les blocages et doublons dans l'instruction des projets agricoles. | Craintes d’une perte d’indépendance de l’ANSES dans ses avis, et d’un affaiblissement du contrôle exercé par l’OFB. Risque d’un effacement du principe de précaution. |
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Facilitation des réserves d’eau agricoles (mégabassines)
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Sécuriser les récoltes dans un contexte de sécheresses croissantes. Permettre aux exploitants de maintenir une production alimentaire malgré l’instabilité climatique. | Accusations d'accaparement de l’eau au profit d’une minorité d’exploitations. Risques de conflits d’usage. |
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Relèvement des seuils d’autorisation pour les élevages
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Alléger la charge administrative pour les exploitations de taille moyenne, et favoriser leur compétitivité dans un contexte difficile. | Risque d’augmentation d’élevages intensifs non soumis à contrôle environnemental renforcé. Inquiétudes sur le bien-être animal et les rejets polluants. |
Comme nous venons de le voir, la réintroduction de l'acétamipride a finalement été censurée. Comme le rappelle Le Télégramme, "le Conseil Constitutionnel a estimé que "faute d'encadrement suffisant", cette mesure était contraire au "cadre défini par sa jurisprudence, découlant de la Charte de l'environnement". Le Conseil Constitutionnel a également émis deux réserves d'interprétation sur les mégabassines – les mesures adoptés ne doivent pas permettre de prélèvement dans des nappes inertielles et devront pouvoir être contestées devant un juge.

Oui, mais il faut quand même faire la part des choses. Si la loi Duplomb n’a rien “d’éco-friendly” (c’est le moins qu’on puisse dire), il ne faut pas croire non plus que sa censure partielle constitue forcément une victoire sur le volet environnemental – ce qui aurait aussi été le cas pour sa censure totale. Ici comme souvent, tout est question de nuances.
Pour autant, la censure partielle ou totale de la loi Duplomb ne constitue pas (ou n'aurait pas constitué) à coup sûr une victoire pour les défenseurs de l’environnement, car le problème initial demeure : celui d’un modèle agricole français au bord de la rupture. Or, l’agriculture est un secteur absolument essentiel à la vie d’un pays qui souhaite réduire au maximum son empreinte carbone – puisque cela implique que nous abandonnions autant que possible les importations dans le domaine alimentaire.
Le Figaro
31 janvier 2024
Sans un modèle agricole en bonne santé, la France aura du mal à réduire au maximum ses émissions de gaz à effet de serre et donc contribuer efficacement à la lutte contre le changement climatique.
France24
23 janvier 2024
TF1 Info
Citation d'un rapport sénatorial datant de 2021
La question de la rentabilité des exploitations agricoles est cruciale, et d’autant plus que les tensions à ce niveau sont appelées à s’accentuer encore davantage dans les années à venir. En cause :
Arthur Solans, pour France 3 Régions (18 janvier 2025)
Maraîcher
Absolument pas. Agriculteurs et écologie sont d’autant plus compatibles que, pour rappel, l’écologie est d’abord une science, et non une cause militante qui relève, elle, de l’écologisme.
Pour en savoir plus sur les différences fondamentales entre écologie et écologisme, n’hésitez pas à consulter notre article dédié.
Les agriculteurs sont généralement très avertis des fragiles équilibres qui régissent les écosystèmes, et pour cause : ils connaissent leurs implications et la manière dont ces derniers interviennent dans le cycle naturel des cultures qui leur permettent de nous alimenter.
FDSEA Aveyron
30 août 2018
Est-ce à dire qu’ils sont irréprochables ? Bien sûr que non. Mais beaucoup d’agriculteurs ne nient pas cette réalité. Selon l’INSEE, en 2023, pas moins de 60 000 exploitations agricoles étaient engagées dans une démarche de production biologique.
Mathieu Courgeau, pour Ouest-France (29 janvier 2024)
Président du collectif Nourrir
Anne-Cécile Suzanne, pour Le Figaro (21 juillet 2025)
Agricultrice

Scandales alimentaires à répétition, explosion des cas de cancers et autres maladies, baisse de la fertilité… Objectivement, il y a de quoi être inquiet et plébisciter un tri salutaire au sein des produits auxquels nous sommes tous et toutes exposés en permanence.
Nathalie Damery, pour La Croix (7 février 2020)
Présidente et cofondatrice de l’Observatoire société et consommation
En ce sens, la loi Duplomb et son volet sur les pesticides était l’étincelle qui mettait le feu aux poudres. Et la pétition visant à l’abroger, une réaction logique face à l’inquiétude qui couve au sein de la population – sans parler du parcours législatif alambiqué par lequel le texte est passé, et qui n'a fait que renforcer ce climat de perte de contrôle et de suspicion.
Mais dans cette histoire, il n'est pas inintéressant de souligner que la profession agricole paie sans doute aussi des pots cassés dont elle n’est pas responsable : ceux des multiples scandales qui ont agité l’industrie agroalimentaire ces dernières années, et ce, jusqu’au segment des eaux minérales (probablement l’un des derniers que nombre d’entre nous auraient été soupçonner).
Le ras-le-bol est évident.
Il faut aussi rappeler que les agriculteurs ne constituent pas un bloc uniforme, et que certaines des inquiétudes exprimées par la population se retrouvent au sein de la profession. Ainsi que le rappelle Franceinfo, "les deux syndicats majoritaires de la profession – l'alliance FNSEA-Jeunes Agriculteurs et la Coordination rurale – soutiennent le texte, le troisième syndicat y est vigoureusement opposé" – ce troisième étant la Confédération paysanne, qui s'alarme elle aussi des régressions agricoles, écologiques et sanitaires de la loi Duplomb.
Le sénateur Laurent Duplomb (à l'origine de cette fameuse proposition de loi) est lui-même issu de la FNSEA.
Si la grande distribution n’est pas responsable de la totalité des malheurs du monde agricole, force est de constater que, dans ce cas précis, ses responsabilités sont réelles. De même que son potentiel à contribuer à une sortie de crise.
Greenpeace
28 novembre 2024
En 2018, 2021 et 2023, les trois textes successifs de la loi Egalim visaient à apporter un début de solution à ce problème, en faisant en sorte qu’une augmentation du prix de la matière première pour les producteurs induise mécaniquement une hausse des prix de vente à la grande distribution. L’efficacité du dispositif a cependant été remise en question, notamment au moment des manifestations agricoles survenues début 2024.
Il faut souligner qu’à long terme, la grande distribution aurait tout intérêt à soutenir les agriculteurs, en les rémunérant suffisamment pour que ces derniers puissent par exemple mieux protéger leurs cultures des conséquences du réchauffement climatique. Cela permettrait en effet aux distributeurs de sécuriser jusqu’à un certain point leur approvisionnement sur des produits clés.
La loi Duplomb incarne-t-elle un recul sur le volet environnemental ? Oui. Sa censure partielle constitue-t-elle une victoire notable pour les défenseurs de l'écologie ? Pas forcément. Du moins, si les choses sont laissées en l'état et que l'on se contente de censurer sans réfléchir au problème initial.
Anne-Cécile Suzanne, pour Le Figaro (21 juillet 2025)
Agricultrice