Érosion du littoral : quel impact en France ?


Par Anaïs Badillo, Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement


Définition de l’érosion côtière
Tout d’abord, qu’est-ce qu’un littoral ?
D’après le Larousse, dans sa définition la plus élémentaire, le littoral désigne l’ensemble des rives d’une terre bordée par une mer ou un océan. En France, cela concerne notamment les côtes de l’Atlantique, de la Manche, de la Méditerranée, ainsi que celles de la Bretagne.
Le terme peut également désigner, de façon plus large, les zones soumises directement ou indirectement à l’action de la mer — une dynamique à l’origine d’un phénomène aujourd’hui bien documenté et accentué par les activités humaines : l’érosion côtière.
Qu'est-ce que l'érosion côtière ?
Autrement dit, les plages peuvent rétrécir, les falaises se morceler, et les dunes reculer. Cela fait partie de la dynamique littorale, qui résulte de l'interaction entre le vent, les vagues et les courants marins redistribuant les sédiments le long du littoral. Ces sédiments, triés par les vagues et le vent, forment des dunes naturelles qui protègent la côte.
Ce phénomène est ce qu'on appelle le budget sédimentaire.
Cet équilibre a permis de maintenir les côtes relativement stables, car les plages agissent comme un matelas qui dissipe l'énergie des vagues, protégeant ainsi le littoral. Cependant, cette stabilité est aujourd'hui fragilisée par la pénurie de sédiments, causée par les activités humaines.
Qu’est-ce qu’un trait de côte ?
Un trait de côte est une ligne qui marque la séparation entre la terre et la mer sur les documents cadastraux et cartographiques (documents officiels). Autrement dit, c'est la limite où l'eau atteint son plus haut niveau lors des marées, séparant ainsi le sol de l'océan (source : Larousse).
C’est grâce au suivi du trait de côte que le gouvernement évalue, via un indicateur national, le recul du littoral. D’après des données du gouvernement, la position actuelle du trait de côte est comparée à celle observée entre les années 1920 et 1950. Ces anciennes lignes ont été établies à partir de photos aériennes, couvrant plusieurs milliers de kilomètres de côtes en métropole et dans les DOM-TOM. Aujourd’hui, ce traçage est digitalisé, ce qui permet de mesurer plus précisément l’évolution du littoral (source : GéoLittoral, 2022).
Qu'est-ce qui provoque l'érosion côtière ?
Le littoral est une zone naturellement mobile ; il peut donc s'étendre ou reculer sous l'effet de différents facteurs tels que (source : developpement-durable.gouv.fr, 2024) :
- les courants marins ;
- l’élévation du niveau des mers ;
- des événements climatiques extrêmes ;
- des écoulements des cours d'eau à la mer, érosion des cordons dunaires ;
- l’extraction de matériaux ;
- l’aménagement du territoire (e.g. la construction de routes modifiant les échanges sédimentaires)...
En effet, l’érosion côtière est aggravée par plusieurs facteurs liés aux activités humaines.
- directement, la bétonisation du littoral (notamment liée au tourisme ou à des infrastructures mal conçues) et la réduction du couvert végétal affaiblissent les côtes en détruisant leurs barrières naturelles ;
- mais également car l’Homme, en construisant des barrages, des épis et en stabilisant les versants, a réduit la quantité de sédiments transportés par les rivières. Résultat : la côte reçoit moins de sable et est donc moins protégée ;
- indirectement, le réchauffement climatique, accentué par l’Homme, aggrave le phénomène à travers l’acidification des océans, la fonte des glaciers, et la multiplication des événements climatiques extrêmes (submersions, tempêtes, etc.) – ce qui fragilise les littoraux et entraînent l’élévation du niveau de la mer (source : GIEC, 2023).
Quels sont les littoraux français menacés par l’érosion maritime ?
En France, la côte aquitaine, selon l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine, est l'un des littoraux les plus exposés à l'érosion maritime.
Plus d’un quart de son rivage est particulièrement vulnérable à la perte de sable et au recul du trait de côte. En effet, sur les 270 km de linéaire côtier, plus de 25 % sont en érosion, dont une grande partie est fortement affectée (source : Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine).
Cette tendance est également confirmée à l'échelle nationale, d'après l'indicateur national de l'érosion côtière (GéoLittoral, 2022). Trois départements représentent à eux seuls la moitié de la réduction de la surface littorale sur une période de 50 ans :
Quelles sont les villes françaises menacées par l'érosion du littoral en France ?
L’État a récemment publié une liste des villes menacées par l’érosion côtière.
D'après les agglomérations les plus peuplées, Greenly a sélectionné dix villes concernées par le risque d’érosion côtière :
- Saint-Jean-de-Luz, où le recul du trait de côte est accentué par la montée des eaux et les tempêtes ;
- Quiberon, où la fragilisation des dunes et le risque de submersion marine aggravent le phénomène ;
- Les Sables-d’Olonne, en raison de la forte urbanisation côtière et du recul rapide du rivage ;
- Soorts-Hossegor, où les plages sableuses, les houles puissantes et la pression urbaine intensifient l’érosion ;
- Soulac-sur-Mer, où l’effondrement d’immeubles en bord de mer témoigne d’un recul déjà bien engagé (source : Radio France, 2023) ;
- Capbreton, exposée à des falaises fragiles et aux assauts répétés des houles atlantiques ;
- Collioure, sous la pression urbaine et exposée à des risques accrus d’inondation ;
- La Baule-Escoublac, où la bétonisation du littoral et les tempêtes aggravent la vulnérabilité ;
- Biarritz, situé sur des plages basses très exposées aux vagues et à l’artificialisation ;
- Cassis, où les falaises calcaires se délient sous l’effet combiné de l’érosion naturelle, du tourisme et de l’urbanisation.
Pour obtenir plus d'informations et savoir si votre zone est à risque en raison du recul de la côte, veuillez consulter la liste des 126 municipalités affectées par l'érosion côtière en France, publiée au Journal officiel le 29 avril 2022.
La carte du retrait de côte en France en 2050
Le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) a réalisé une carte des zones du littoral français qui se situent à une altitude très basse, c’est-à-dire qui peuvent potentiellement être submergées par la mer lors des marées les plus hautes possibles.
Avec le soutien du Ministère de la Transition écologique, le Cerema a étudié le recul du littoral d’ici la fin du siècle, en identifiant les régions françaises les plus exposées à l’érosion côtière à l’horizon 2050 (voir carte ci-dessous), mais aussi à l’horizon 2100 :


Que faire si je suis menacé(e) par l’érosion du littoral ?
Premièrement, renseignez-vous sur les risques locaux. Consultez la mairie ou le site de la préfecture pour connaître les cartes d’exposition au recul du trait de côte. Il est également possible d'examiner la carte interactive du BRGM (Bureau de recherche géologique et minière) afin d'évaluer votre exposition à l'érosion marine.
À noter que si votre région est touchée par l'érosion côtière (conformément à l'arrêté n°2022-750 du 29 avril 2022 publié au Journal officiel, comme mentionné précédemment), plusieurs obligations incombent à votre commune, notamment :
- d'établir une carte d’exposition identifiant les zones menacées par le recul du littoral ;
- de modifier le plan local d’urbanisme (PLU) ou la carte communale pour intégrer les zones à risque à 30 ans et à 100 ans ;
- d'appliquer des restrictions d’urbanisme dans les zones menacées à 30 ans : seules certaines constructions sont autorisées (par exemple, des services publics démontables ou des travaux sans augmentation de la capacité d’habitation) ;
- dans les zones menacées à plus long terme (entre 30 et 100 ans), les constructions nouvelles devront être démolies, si nécessaire (aux frais du propriétaire) ;
- enfin, pour obtenir une autorisation de construire dans une zone à risque, il est obligatoire de verser une somme à la Caisse des dépôts, couvrant les frais potentiels de démolition future (aux frais du propriétaire).
Les autres obligations sont à retrouver au paragraphe 3 de la sous-section 3 de la section 1 du chapitre Ier du titre II du livre Ier du code de l'urbanisme.
Également, en tant que futur(e) propriétaire, il vous incombe aussi de ne pas exercer une pression supplémentaire dans des zones déjà vulnérables (e.g. les côtés du sud de la France), d'éviter les investissements incertains et de garantir qu'un projet de construction respecte bien les réglementations locales. Pour les personnes déjà exposées, il est recommandé de se renseigner sur les aides à votre disposition (aides publiques, risques couverts par votre assureur, etc.).
Parallèlement, il est possible de participer aux démarches locales, notamment en prenant part aux concertations menées par la commune, afin de faire entendre sa voix et de contribuer à l’aménagement du territoire ainsi qu’à la mise en place de solutions d’adaptation (comme la relocalisation ou la protection douce du littoral).
