

Par Agnès Potier-Murphy, Copywriter internationale, le 08/09/2026


Important : les constats et comparaisons établis dans cette data story doivent être considérés en tant que tels, et uniquement en tant que tels. Il ne s’agit en aucun cas de conclusions généralisables telles quelles à tout évènement, artiste ou tournée : le lieu, la jauge, le mix électrique local ou la composition du public sont autant de variables propres à chaque situation, qui peuvent faire varier significativement les résultats. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Greenly prône l’importance d’un accompagnement expert dans l’élaboration de toute stratégie environnementale et/ou de transition bas-carbone, y compris dans le secteur du live.
La logique d’une tournée mondiale est désormais bien établie : c’est l’artiste qui va vers son public, ville après ville, pays après pays. Pourtant, depuis quelques années, les plus grandes stars de la musique semblent s’essayer à une logique inverse. Plutôt que de parcourir le monde, elles choisissent une seule destination et laissent le monde venir à elles.

Le phénomène a d’abord pris racine à Las Vegas, où le Sphere et le Colosseum du Caesars Palace ont accueilli les résidences de U2 ou d’Adele [5]. Il s’est ensuite exporté ailleurs : à New York, Harry Styles enchaîne 30 concerts au Madison Square Garden entre le 26 août et le 31 octobre 2026 [4], où il installe la plus longue résidence de sa tournée mondiale « Together, Together », désormais portée à 68 dates dans sept villes après plusieurs vagues de dates supplémentaires annoncées entre janvier et mai 2026 [22].
C’est dans ce contexte que Céline Dion revient sur scène, après un retour public qui avait en réalité commencé un peu plus tôt, et déjà à Paris : lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024, elle avait chanté depuis la Tour Eiffel, dans l’un des moments les plus commentés de la soirée [2]. Deux ans plus tard, après plusieurs années d’absence marquées par sa lutte contre le syndrome de la personne raide, elle se défait des codes de la tournée traditionnelle et s’installe pour seize concerts à la Plenitude Arena (l’ex-Paris La Défense Arena), entre le 12 septembre et le 17 octobre 2026, complétés depuis par dix dates supplémentaires en mai 2027, portant le total à 26 représentations dans la même salle [1] [2] [3]. Et, à en juger par les 480 000 billets vendus pour le premier bloc de dates et plus de 9 millions de personnes inscrites à la loterie d’accès prioritaire [1] [3], les fans seront au rendez-vous.
Sur le papier, tout cela ressemble à une bonne nouvelle pour l’environnement : l’artiste ne sillonne plus la planète et le décor n’est monté qu’une seule fois. Cependant, un méga-show de cette ampleur ne se résume pas à la personne sur scène. Il implique davantage celles et ceux qui doivent, à leur tour, se déplacer pour la voir. Et c’est là que le modèle de la résidence renverse une autre partie de l’équation, car là où une tournée classique amène le spectacle à des dizaines de publics différents, une résidence demande à un public unique, potentiellement mondial, de converger vers un seul point.
Le cas Céline Dion s’inscrit dans une question plus large : ce que les méga-shows et le modèle résidence changent, réellement, à l’équation environnementale du live.
Ramenés en tonnes de CO2e, les quatre postes de la résidence parlent d’eux-mêmes.

Taylor Swift avait été particulièrement critiquée, lors du Eras Tour, pour l’usage de son jet privé entre deux villes de sa tournée, parfois pour des trajets de quelques centaines de kilomètres à peine, à un rythme dicté par le calendrier des concerts [6].
Une résidence supprime structurellement ce schéma en ancrant le spectacle au même endroit pendant plusieurs semaines plutôt que de démonter l’ensemble du décor et de déplacer artiste, techniciens et équipement de ville en ville et d’un pays à l’autre.
Nul besoin d’imaginer à quoi aurait ressemblé, à l’inverse, une tournée classique pour Céline Dion : elle l’a déjà fait. Le Courage World Tour, sa précédente tournée, a joué 52 dates en Amérique du Nord avant d’être suspendue par la pandémie en mars 2020 [3]. Le volet européen, lui, prévoyait 28 concerts dans 19 villes différentes [1] ; il a fini par être définitivement annulé en 2023, Céline Dion continuant alors son traitement contre le syndrome de la personne raide [1].
Le modèle résidence non plus n’a rien de nouveau pour elle. Entre 2003 et 2019, elle avait déjà tenu deux résidences successives au Colosseum du Caesars Palace, à Las Vegas : 1 141 concerts au total, devant plus de 4,5 millions de spectateurs [19]. Céline Dion revient donc, avec Paris, à un format auquel elle s’est déjà essayée au cours de sa carrière, après vingt ans passés à alterner tournées classiques et résidences longues.

C’est ce contraste, entre une tournée pensée pour traverser 28 pays et une résidence qui n’en occupe qu’un seul, qui constitue le premier vrai gain environnemental du modèle résidence. Ramené aux déplacements de l’artiste et de son équipe technique, le résidu se limite à une poignée d’allers-retours transatlantiques : un déplacement pour s’installer à Paris à l’occasion du premier bloc de dates (septembre-octobre 2026), un autre pour le second bloc (mai 2027), là où une tournée de l’ampleur du Courage World Tour aurait nécessité des dizaines de vols distincts entre les différentes étapes.
Sur ce premier volet au moins, la réponse semble claire : la résidence réduit réellement l’empreinte carbone liée aux déplacements de l’artiste. La question devient plus disputée dès qu’on regarde qui, désormais, se déplace à sa place.
Si l’empreinte de l’artiste se réduit nettement avec le modèle résidence, celle du public suit la trajectoire inverse. Une tournée classique amène en effet le spectacle à des dizaines de publics différents, chacun n’ayant qu’un trajet local à faire. La résidence, quant à elle, implique l’inverse : elle immobilise le spectacle et demande à un public potentiellement mondial de converger vers un seul endroit, quitte à venir de beaucoup plus loin.
Contrairement à un événement comme la Coupe du monde, pour laquelle la FIFA publie, dans ses rapports officiels, un classement des principales nations de visiteurs, aucune structure n’est tenue de communiquer la géographie réelle des spectateurs d’un concert [23]. Dans le cas du méga-show de Céline Dion, les billets se vendent via trois plateformes (AXS, Ticketmaster et Fnac Spectacles), chacune considérant cette donnée comme commercialement sensible. Rien ne garantit d’ailleurs que l’acheteur d’un billet soit la personne qui assistera au concert. Il n’existe donc pas de pourcentage officiel de répartition domicile/étranger, décomposé par la billetterie elle-même, pour la résidence Céline Dion… et il y a fort à parier qu’il n’y en aura jamais. Une estimation externe existe malgré tout ; nous la détaillons plus bas.
Deux prises de parole distinctes d’AXS, rapportées par l’AFP, donnent une image qualitative cohérente : une demande confirmée en provenance de Chine, d’Australie, du Canada, d’Amérique latine et de l’ensemble de l’Europe, mais une demande décrite, dans les deux cas, comme la plus forte de toutes en France [7] [8].
Choose Paris Region, l’agence économique régionale, apporte un deuxième indice, chiffré celui-ci : les 16 concerts devraient injecter entre 300 et 500 millions d’euros dans l’économie parisienne, contre 150 à 180 millions d’euros générés par les 4 seules dates parisiennes du Eras Tour de Taylor Swift, un évènement où la part de spectateurs venus spécialement de l’étranger était vraisemblablement très élevée [9]. Ramené à l’impact économique par date (environ 19 à 31 M€ pour Céline Dion contre 37,5 à 45 M€ pour Taylor Swift), l’écart suggère qu’une résidence étalée sur 16 à 26 soirées attire, en moyenne par soirée, un public un peu moins exclusivement composé de voyageurs venus une seule fois de loin qu’un évènement rare de 4 dates. Il ne s’agit que d’un indice indirect, que nous retenons comme élément de contexte plutôt que comme preuve ou base de calcul en tant que telle.
D’autres indicateurs vont dans le même sens. La chaîne hôtelière Adagio, qui compte dix hôtels dans le quartier de La Défense, a enregistré une hausse de 400 % de ses réservations à l’approche des dates, et Booking.com un pic de 49 % des recherches « Paris ». L’analyste Vanguelis Panayotis, du cabinet spécialisé MKG, va plus loin : il estime que l’effet économique total pourrait atteindre 1,2 milliard d’euros une fois le transport et la logistique des fans intégrés au calcul [9], une estimation qui, si elle n’est pas une donnée climatique, confirme au moins l’ampleur du déplacement que suppose cette résidence.
Une estimation existe donc malgré tout, même si elle reste partielle : interrogée par l’AFP avant la mise en vente, Alexandra Dublanche (présidente de Choose Paris Region) évoquait environ un tiers de public venu de l’étranger [21], sur une base alors estimée à un demi-million de spectateurs pour les 16 premières dates, un chiffre proche de ce que confirmeront ensuite les 480 000 billets réellement vendus. Cette estimation reste ponctuelle, non décomposée par pays, et antérieure à la vente réelle ; elle ne couvre pas non plus les dates ajoutées depuis (6 dates supplémentaires en 2026, 10 dates en mai 2027). Faute d’une donnée plus complète, nous nous appuyons donc sur ce point d’ancrage et l’encadrons d’une marge de prudence plutôt que de poser une hypothèse construite de toutes pièces. Nous retenons ainsi deux scénarios, un bas et un haut, plutôt qu’un chiffre unique :
Ces deux bornes encadrent l’estimation de Dublanche : la borne basse (30 %, soit près d’un tiers) est cohérente avec cette estimation, tandis que la borne haute (45 %) laisse une marge pour une demande internationale réelle et diversifiée (Chine, Australie, Canada, Amérique latine, Europe), documentée par les deux porte-parole d’AXS. Nous supposons par ailleurs que la moitié du public étranger réside en Europe (hors France) et l’autre moitié hors d’Europe : une seconde hypothèse de répartition, elle aussi construite faute de donnée décomposée par zone géographique, distincte du partage train/avion qui s’applique à l’intérieur de ce groupe européen.
Au sein de ce groupe européen, nous répartissons en effet le public à parts égales entre train et avion court/moyen-courrier. Ce partage n’est pas arbitraire au sens où il ignorerait la réalité du terrain : sur la liaison Paris-Londres, la mieux desservie d’Europe par le train à grande vitesse, Eurostar captait déjà environ 80 % du marché face à l’avion en 2007 [26], une part estimée à près de 89 % dans une étude portant sur la décennie suivante [27]. Mais cette performance ne se généralise pas aux pays sans liaison ferroviaire directe compétitive vers Paris, où l’avion reste la seule option réaliste. Faute de connaître la répartition par pays du public européen de la résidence, nous retenons donc un point médian entre ces deux réalités plutôt qu’une moyenne calculée.
Le public domestique n’échappe pas non plus au calcul : venir de Marseille ou de Lille suppose, en TGV, en voiture ou en avion, un vrai déplacement. Faute de données spécifiques au public de cette résidence, nous nous appuyons sur l’enquête mobilité des personnes du SDES (2019), qui mesure la répartition modale des voyages à motif personnel des Français à l’échelle nationale (hors déplacements professionnels et d’études), toutes distances confondues [24], combinée au taux d’occupation moyen des véhicules sur longue distance qu’elle documente également [25]. Appliquée à une distance aller-retour de l’ordre de 800 km (hypothèse de plausibilité géographique), elle fournit, comme pour le public international, un ordre de grandeur cohérent avec le poids démographique de l’Île-de-France, sans se substituer à une mesure propre à la résidence.
En extrapolant les 480 000 billets confirmés pour les 16 premières dates à l’ensemble des 26 concerts, on obtient environ 780 000 entrées sur toute la résidence [1] [3].
En appliquant nos scénarios, nous retenons les facteurs et hypothèses suivants (Base Empreinte ADEME v23.11 [11]) :

Appliqués aux 780 000 entrées estimées sur l’ensemble de la résidence, ces paramètres donnent la répartition suivante :
| Scénario bas (30 % étranger) | Scénario haut (45 % étranger) | |
|---|---|---|
| Train (moitié de la moitié européenne) | ≈ 411 tCO2e | ≈ 617 tCO2e |
| Avion court/moyen-courrier (l'autre moitié de la moitié européenne) | ≈ 25 970 tCO2e | ≈ 38 960 tCO2e |
| Avion long-courrier (public intercontinental) | ≈ 260 440 tCO2e | ≈ 390 660 tCO2e |
| Voiture (public domestique) | ≈ 37 800 tCO2e | ≈ 29 700 tCO2e |
| Train (public domestique) | ≈ 150 tCO2e | ≈ 120 tCO2e |
| Avion (public domestique) | ≈ 8 220 tCO2e | ≈ 6 460 tCO2e |
| Total | ≈ 333 000 tCO2e | ≈ 466 500 tCO2e |
Source : Base Empreinte® ADEME v23.11 [11] ; SDES, enquête mobilité des personnes 2019 [24][25].
Le résultat le confirme : le public, et en particulier sa frange internationale, pèse infiniment plus lourd que les quelques allers-retours de l’artiste et de son équipe évoqués plus haut. C’est cette frange, minoritaire en nombre mais dominante en émissions, qui détermine l’essentiel du résultat final, quel que soit le scénario retenu.

Ce raisonnement pourrait laisser croire qu’une tournée classique réglerait le problème : le spectacle irait vers le public et chacun n’aurait qu’un trajet local à faire. La réalité est plus nuancée, et nous disposons d’un véritable point de comparaison pour le vérifier. Lors du Eras Tour, Greenly avait interrogé un échantillon de 143 spectateurs se rendant aux deux dates lyonnaises, une étape parmi d’autres d’une tournée mondiale : 16,1 % résidaient déjà sur place, 25,9 % venaient en train, 20,2 % en voiture et 31,5 % en avion [6].
Même pour une seule étape d’une tournée, près d’un tiers du public se déplaçait donc déjà par les airs. Il serait, de fait, inexact de prétendre qu’une tournée classique supprime le transport du public, mais ce modèle permet tout de même d’en limiter la distance, sinon la fréquence : les concerts de Taylor Swift en France ne s’arrêtant qu’à Lyon et à Paris, un habitant de Bretagne ou d’Occitanie n’a pas non plus un trajet purement local à faire pour autant. La vraie différence structurelle entre une tournée et la résidence Céline Dion est donc que l’avion resterait, pour l’essentiel, à l’échelle du pays ou du continent : un vol domestique ou intra-européen plutôt qu’un vol intercontinental. Concentrer 780 000 personnes sur une seule ville, comme le fait la résidence, revient à remplacer des dizaines de trajets courts et dispersés par un flux unique et global, où la Chine, l’Australie ou l’Amérique latine deviennent des points de départ à la fois courants et éloignés.
Chiffrer précisément ce qu’aurait représenté une tournée alternative pour Céline Dion demanderait de reconstruire un itinéraire hypothétique complet, ville par ville : un exercice qui dépasse le cadre de cette estimation. Mais le principe structurel tient : la même population de spectateurs, répartie sur des dizaines d’étapes parmi lesquelles ils pourraient sélectionner la plus proche plutôt que concentrée en une seule, parcourrait collectivement beaucoup moins de kilomètres au total, même si aucune des deux options n’amène ce total à zéro.
Notre estimation possède ses angles morts : nous ne connaissons ni la répartition précise par pays au sein du public international, ni le nombre de spectateurs assistant à plusieurs dates (probable mais non quantifiable vu la rareté des billets), ni le mode de transport réellement choisi une fois sur place. Nous supposons par ailleurs, en extrapolant les 480 000 billets des 16 premières dates à l’ensemble des 26 concerts, une composition de public stable entre 2026 et mai 2027. L’hypothèse est raisonnable (même lieu, même capacité, même artiste) mais elle reste une simplification : les dates ajoutées après coup pourraient attirer un public légèrement différent. La fourchette basse/haute sert précisément à donner un ordre de grandeur défendable malgré ces inconnues, plutôt qu’une précision que les données disponibles ne permettent tout simplement pas.
Les centroïdes de distance (1 200 km / 7 000 km) sont des approximations de travail ; leur variation raisonnable pèse nettement moins sur le résultat final que l’hypothèse du taux de public étranger, qui reste le principal facteur d’incertitude.
Le calcul du public domestique s’appuie par ailleurs sur une répartition modale nationale moyenne, tous trajets confondus, plutôt que spécifique à la distance réellement parcourue vers Paris. Les facteurs « avec traînées » retenus pour l’avion intègrent un effet radiatif non-CO2 dont la quantification scientifique reste incertaine ; une incertitude distincte de celle couverte par nos deux scénarios.
Sur ce volet, la résidence a un avantage assez intuitif : la scène, l’éclairage et le son ne sont montés qu’à deux reprises sur l’ensemble de la résidence, une fois pour le premier bloc de 16 dates (12 septembre-17 octobre 2026), une autre pour les 10 dates ajoutées en mai 2027, sept mois plus tard [1] [3]. Au total, deux montages contre un montage puis un démontage complet à chaque étape d’une tournée classique, avec le transport de tout le matériel d’une ville à l’autre. Le même raisonnement qui s’applique aux déplacements de l’artiste s’applique ici à son équipe technique et à son matériel : deux déplacements en tout plutôt que des dizaines.
À cela s’ajoute un deuxième avantage, propre à la France cette fois : son mix électrique compte parmi les plus décarbonés au monde, avec une intensité carbone d’environ 19,6 gCO2éq/kWh en 2025 [13] ; loin devant la moyenne de l’Union européenne, Suisse, Norvège et Royaume-Uni compris (178 gCO2éq/kWh) [13]. Le contraste est net avec le Sphere de Las Vegas, l’autre grand emblème du modèle résidence évoqué plus haut : selon les données de l’Energy Information Administration américaine, le réseau électrique du Nevada tourne autour de 286 gCO2/kWh (2024) en moyenne, environ 14,6 fois plus que la France [15]. Même cette destination, qui a pourtant négocié avec son fournisseur d’électricité un accord solaire dédié de 25 ans pour limiter son empreinte, doit encore couvrir le reste de sa consommation par des certificats d’énergie renouvelable (un mécanisme de traçabilité, distinct d’une compensation carbone au sens strict) relève la RICS [16]. Si la résidence de Céline Dion avait eu lieu dans un pays au mix électrique plus carboné, la facture énergétique de la salle aurait été nettement plus lourde à consommation égale. C’est d’ailleurs ce même type d’écart, d’un pays hôte à l’autre, qui distinguait déjà l’empreinte des opérations de stade dans l’analyse que Greenly avait consacrée à la Coupe du monde 2026 [12].

Appliqué aux 26 dates de la résidence, cela représente environ 260 000 kWh sur l’ensemble (en reprenant un ordre de grandeur de consommation électrique réelle d’environ 10 000 kWh par soirée déjà documenté pour un méga-show comparable [14]), soit environ 5,1 tonnes de CO2e une fois converties avec le facteur électrique français [13]. Pour donner un ordre de comparaison : il suffit de moins de 3 spectateurs internationaux ayant pris l’avion pour égaler, à eux seuls, l’empreinte électrique de la totalité de la résidence. Le mix électrique français est un vrai atout structurel, mais il ne pèse presque rien face à l’empreinte carbone générée par les déplacements d’un public international. Même en supposant que ce chiffre sous-estime la climatisation nécessaire pour 40 000 à 45 000 personnes [10], et en le triplant par précaution, le total resterait sous la vingtaine de tonnes, loin derrière le volet public.

Avant même de savoir qui assisterait réellement aux concerts, la résidence avait déjà généré un pic de trafic numérique considérable : plus de 9 millions de personnes se sont inscrites à la loterie d’accès prioritaire mise en place par AXS et Paris La Défense Arena [1] [3]. L’inscription ne consistait pas à patienter dans une file d’attente en temps réel, mais à créer un compte, renseigner une carte bancaire et soumettre une demande, un mécanisme étalé sur 72 heures [17] malgré un pic de connexions qui a débordé les serveurs au lancement [18]. En estimant un temps de connexion réaliste pour ce type de formulaire, entre 5 et 30 minutes selon l’exposition à ce pic, et une puissance moyenne pondérée par les usages réels (le trafic web en France se répartissant à environ 65 % sur mobile, 33 % sur ordinateur et 2 % sur tablette, pour des puissances actives respectives de l’ordre de 5 W, 20 W et 5 W [28]), la consommation électrique de cette étape se situe entre 7,5 et 45 MWh, soit environ 0,15 à 0,9 tonne de CO2e [13]. Nous appliquons cette répartition au public dans son ensemble, la France constituant la plus forte demande individuelle établie pour la résidence.

À la différence des cinq volets précédents, celui-ci n’a encore aucune donnée propre à la résidence, le merchandising officiel n’ayant pas encore été dévoilé. Mais l’industrie du live dispose de repères solides sur ce type de dépense : selon atVenu, plateforme de référence pour le suivi des ventes de merchandising en direct, 23 % des spectateurs de salles et de stades achètent au moins un article en 2025, pour une dépense moyenne de 64 dollars [20].
En appliquant ce taux aux 780 000 entrées de la résidence, environ 179 000 spectateurs achèteraient un article. En reprenant le facteur carbone d’un t-shirt en coton déjà utilisé pour le Eras Tour de Taylor Swift (5,2 kg CO2e), cela représenterait environ 930 tonnes de CO2e sur l’ensemble de la résidence [6]. Il s’agit d’une simplification, puisque la dépense réelle couvre aussi des affiches, des CD ou d’autres objets, mais un ordre de grandeur qui donne la mesure du poste.
Choose Paris Region estime par ailleurs que les visiteurs de la résidence dépenseront entre 300 et 500 millions d’euros au total, hôtels et restaurants compris ; une dépense réelle, mais qui n’a pas été traduite en carbone dans cette analyse.

Sur presque tous les plans, la résidence a une longueur d’avance nette sur la tournée classique : l’artiste et son équipe technique se déplacent une poignée de fois plutôt que des dizaines, le décor se monte deux fois plutôt qu’à chaque étape, la salle bénéficie du mix électrique français, la billetterie numérique ne pèse presque rien même au pic de sa fréquentation et les produits dérivés restent un poste marginal à l’échelle de l’événement.

Le public, lui, écrase à lui seul toutes ces économies combinées, de plusieurs ordres de grandeur. Et c’est justement ce facteur qui repose le plus sur une hypothèse construite autour d’un point d’ancrage externe, faute de donnée officielle décomposée : selon qu’on retienne 30 % ou 45 % de spectateurs internationaux, ce même choix fait varier le poste public dans son ensemble (domestique et international combinés) de 333 000 à plus de 466 500 tonnes de CO2e, un écart qui dépasse les 130 000 tonnes. Bien au-delà du détail statistique, ce choix (ou cette réalité, si les chiffres exacts sont un jour connus) représente à lui seul une marge colossale.

Ce déplacement n’est donc pas propre à Paris : Harry Styles à New York, ou encore les résidences du Sphere et du Colosseum à Las Vegas suivent la même logique, à une échelle plus grande encore.
La résidence déplace et tend à amplifier un problème que connaissait déjà la tournée classique. En concentrant l’impact de trajets long-courriers là où le modèle historique générait des déplacements plus locaux, elle remet le calcul climatique entre les mains de celles et ceux qui choisissent de venir de loin pour assister à l’événement... ou de s’en priver.
[1] AEG Presents / CelineDion.com, « Celine Dion Paris 2026 Announces Six Additional Dates Due to Overwhelming Demand! », communiqué officiel, 7 avril 2026, — couvre aussi, via les communiqués officiels de ce même site : le report puis l’annulation du volet européen du Courage World Tour (28 dates, 19 villes), et l’annonce de son annulation définitive en 2023 pour raisons de santé.
[6] Greenly, « Taylor Swift, le Eras Tour et le volet environnemental » (méthodologie de calcul jet privé/distance ; facteur t-shirt 5,2 kg CO2e ; échantillon de 143 spectateurs pour les 2 dates lyonnaises : 16,1 % déjà sur place, 25,9 % train, 31,5 % avion, 20,2 % voiture, 6,3 % modes multiples — échantillon explicitement non représentatif selon Greenly elle-même)
[11] ADEME, Base Empreinte®, --- facteurs en cycle de vie complet (amont + combustion/usage + fabrication), vérifiés le 17/08/2026 : avion long-courrier avec traînées 159 gCO2e/pax.km ; avion court/moyen-courrier avec traînées (bande 1 000-3 500 km) 185 gCO2e/pax.km ; TGV France (2022) 2,93 gCO2e/pax.km ; voiture particulière moyenne 249 gCO2e/km.
[21] Agence France-Presse (repris par France 24), « Céline Dion’s concerts set to give Paris multimillion-euro boost », 10 avril 2026 --- citation d’Alexandra Dublanche, présidente de Choose Paris Region, évoquant un tiers de public étranger sur une base alors estimée à un demi-million de spectateurs