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Par Anaïs Badillo, Copywriter spécialisée sur les thématiques liées à l’environnement, le 29/09/2022
Mis à jour par Anaïs Badillo, le 10/04/2026


L'impact des banques sur le climat : tout comprendre
Oxfam, 2022
En finançant des projets à forte intensité carbone, les banques alimentent paradoxalement les conditions de leur propre fragilité : les projets d’extraction fossile, l’agriculture intensive ou les industries polluantes qu'elles soutiennent aujourd'hui génèrent des externalités négatives (dérèglements climatiques, effondrements écosystémiques, instabilité sociale…) — qui déstabilisent à terme les fondements mêmes de l'économie réelle sur laquelle repose leur rentabilité.
Le défi principal est donc de gérer le risque systémique : une banque soutient l'économie réelle, et son bilan d’émissions de gaz à effet de serre (GES) expose la vulnérabilité de ses actifs face aux perturbations climatiques.
Leur comptabilité carbone n'est donc pas qu’un simple exercice comptable ; c'est une cartographie du futur économique. En quantifiant précisément les émissions financées, une banque peut anticiper le risque d'actifs échoués : ces investissements dans des secteurs carbonés qui, sous l'effet des réglementations à venir, pourraient devenir juridiquement interdits ou économiquement invendables, creusant des déficits considérables dans les bilans.
C'est également un instrument de gestion du risque de transition : si ses clients ne parviennent pas à s'adapter à de nouvelles contraintes, c'est la solvabilité de la banque qui est en jeu.
Mesurer, c'est donc anticiper, et anticiper, c'est survivre.
Les sociétés qui intègrent les défis du changement climatique enregistrent un retour sur investissement supérieur de 18% par rapport à la moyenne (source : Greenly).
L'empreinte carbone d'une banque se divise en trois catégories, aussi appelées scopes d’émissions. Les scopes 1 (émissions directes) et 2 (émissions indirectes associées à l'énergie) se rapportent à l'aspect « visible » mais minoritaire de l'impact réel.
L'essentiel se joue dans le scope 3 (autres émissions indirectes), qui concentre généralement plus de 95 % de l'empreinte carbone totale d'une banque (source : SWEEP - Sustainability data management). Pour une institution financière, ce scope ne se limite pas aux fournitures de bureau ou aux déplacements professionnels : il englobe avant tout les émissions financées, classées dans la catégorie 15 « Investments » du GHG Protocol, spécifiquement conçue pour les banques, assureurs et gestionnaires d'actifs.
En pratique, lorsqu'une banque accorde un financement à une entreprise pétrolière, un fabricant de ciment ou un constructeur automobile, une part proportionnelle de leurs émissions lui est attribuée. Ce sont les émissions financées.
Comme pour toute organisation, la démarche repose généralement sur le cadre du GHG Protocol, qui distingue trois périmètres d’émissions appelés scopes.
Les émissions directes (scope 1) correspondent aux sources contrôlées par la banque elle-même : chauffage des bâtiments, flotte de véhicules ou groupes électrogènes. Les émissions indirectes liées à l’énergie (scope 2) proviennent principalement de l’électricité consommée dans les agences, les bureaux et les centres de données.
Toutefois, pour mesurer l'empreinte carbone d'une institution financière, il est impératif de dépasser la gestion des bureaux (scopes 1 et 2) et de porter une attention particulière au scope 3, notamment à la catégorie 15 « Investments » du GHG Protocol.
L’essentiel de leur empreinte carbone se situe dans le scope 3, qui inclut les émissions financées. Il s’agit des émissions générées par les entreprises, projets ou actifs financés par la banque via des prêts, des investissements ou d’autres produits financiers.
Pour les mesurer, les banques s’appuient aujourd’hui sur des méthodologies reconnues, comme celles développées par le PCAF (Partnership for Carbon Accounting Financials), qui permettent d’attribuer une part des émissions des entreprises financées proportionnellement aux montants engagés par l’institution financière.
En pratique, la mesure du bilan carbone d’une banque implique donc deux étapes clés : l'évaluation de ses émissions opérationnelles et l'analyse de l'impact carbone de ses portefeuilles d'investissement et de financement. Cette méthode favorise non seulement une meilleure appréhension de l'impact climatique de la banque, mais aussi une réorientation de ses choix financiers vers des actions plus en phase avec les objectifs climatiques.
Mesurer l’empreinte carbone d’un fonds d’investissement revient à intégrer les émissions de ses participations dans son propre scope 3. Selon l’ADEME, trois stratégies coexistent :
Une fois la stratégie choisie (estimation ou engagement), le calcul technique s'appuie sur une cartographie précise de chaque actif (obligations, actions, immobilier) pour y appliquer une règle de prorata rigoureuse. On croise alors trois données clés : l'empreinte carbone de l'entité soutenue (scopes 1, 2 et 3), la valeur présente de l'investissement et la valeur d'entreprise (capitalisation boursière et dette combinées). Ces données, converties en euros aux taux BCE, permettent de calculer une intensité carbone pondérée à l'échelle du portefeuille entier.
La robustesse de l'exercice dépend directement du taux de couverture : pour les sociétés non soumises à obligation de reporting, les fonds doivent collecter les bilans GES eux-mêmes, en visant une couverture de 100 %. Ces indicateurs constituent alors le socle d'une stratégie de réduction sur le long terme, et le fondement d'un dialogue exigeant avec les acteurs du portefeuille concernant leurs véritables engagements environnementaux.
Greenly fait de cette tâche comptable un outil de performance grâce à une plateforme intégrée qui automatise la collecte et l'analyse de vos informations financières (jusqu'à 80% plus précise, en particulier grâce à notre IA EcoPilot).
En s'appuyant directement sur vos flux comptables et vos factures, notre technologie identifie avec précision l'empreinte de vos usages et de vos actifs, garantissant une mesure régulière et sécurisée pour agir au bon moment.
Au-delà du simple constat, nous activons pour vous le levier de l'engagement de portefeuille : nos experts et nos outils contactent directement vos participations pour évaluer leurs engagements réels (BEGES, plan d’action de réduction des émissions, certification...) et les inciter à s’engager davantage.
Les principales limites tiennent à l'opacité des données : une grande partie des émissions financées (scope 3, catégorie 15) repose sur des déclarations volontaires des parties concernées, souvent incomplètes, non auditées ou inexistantes pour les petites et moyennes entreprises.
Les méthodologies de calcul, PCAF en tête — restent hétérogènes selon les classes d'actifs, rendant les comparaisons inter-établissements hasardeuses. L'absence de normalisation à l'échelle mondiale crée des disparités de calcul entre les institutions. De plus, la double comptabilisation constitue toujours un frein structurel : plusieurs financeurs d'un même actif peuvent s'en attribuer chacun l'intégralité des émissions.
Enfin, la volatilité des valorisations boursières fait mécaniquement fluctuer l'empreinte calculée indépendamment de tout effort climatique réel, brouillant la lecture de la trajectoire.
Banking on Climate Chaos
Banking on Climate Chaos
À l’échelle globale, décarboner le secteur bancaire suppose une transformation systémique du modèle en lui-même. Le levier le plus puissant reste la réorientation des flux de financement : cesser progressivement d'alimenter les secteurs fossiles. À l'échelle d’une banque, l’enjeu consiste à instaurer des politiques d'exclusion strictes sur les actifs à forte intensité carbone tout en intégrant un prix interne du carbone dans l'analyse de risque de chaque crédit. Cela implique d'intégrer le risque climatique au cœur des modèles de notation interne (scoring crédit, analyse de contrepartie) pour que la décarbonation devienne un critère de rentabilité et non de philanthropie. Les banques doivent également s'engager sur des trajectoires de réduction mesurables et auditables, alignées sur les scénarios de l'Accord de Paris, en s'appuyant sur des cadres reconnus tels que la Science Based Targets initiative.
Cette transition nécessite une coopération étroite avec les sociétés clientes, à travers un engagement actionnarial dynamique et des financements durables, dans le but d'orienter les flux de capitaux vers les technologies bas-carbone.
D'après Oxfam (2022) et des informations provenant de Carbon4, BNP Paribas se classe en première position parmi les banques françaises les plus polluantes, avec 601 millions de tonnes d'équivalent CO2. La Société Générale (430 Mt), le Crédit Agricole (386 Mt) et le groupe BPCE (225 Mt) la suivent. À elles seules, ces quatre banques affichent une empreinte carbone colossale, dépassant largement celle du territoire français.
En 2026, les quatre banques les plus éthiques sont classées comme suit : 1. La Nef. 2. Le Crédit Coopératif 3. La Banque Postale · 4. Helios.
La finance verte, aussi appelée finance durable, regroupe toutes les actions, pratiques et réglementations financières visant un but environnemental, à savoir favoriser la transition énergétique. Elle sert de lien entre le système financier et l'économie ainsi que ses citoyens en soutenant financièrement ses acteurs tout en conservant un objectif de croissance.